Ce numéro de Risques est fondé sur la mise en valeur d’un mot, la transition. En effet, il ne s’agit pas de celles qui alimentent les discours journalistiques quotidiens, les transitions écologique, numérique et démographique – même si elles jouent un rôle majeur dans le monde du risque. Nous nous sommes volontairement placés en marge de ces domaines de réflexion au cœur de l’actualité, et notre réflexion porte ici sur des ruptures moins visibles, dans des domaines plus traditionnels mais tout aussi fondamentaux.

Notre interview illustre parfaitement cela, le maintien et même le développement du rôle de l’homme dans les métiers de l’assurance, confrontés aux chocs violents de ce début de XXIe siècle. Lorsqu’il évoque son métier et sa stratégie, Philippe Donnet, directeur général de Generali, dit : « notre vrai challenge est qualitatif, devenir partenaire de nos clients tout au long de leur vie. » On a tendance aujourd’hui à considérer que l’ensemble de nos contradictions et difficultés est réglé par une nouvelle religion qui s’incline devant le dieu technologie ; alors qu’en fait rien n’est aussi simple.

La seconde accroche aux turbulences actuelles, c’est le thème de la distribution. Inlassablement on a le sentiment que les différentes formes de réseaux humains vont être supplantées par des relations directes numériques entre le client et l’assureur. Et bien là, comme dans bien d’autres domaines, ce n’est pas ce qui se passe, ou tout du moins, le mode évolue différemment d’une trajectoire présentée comme unique et définitive. L’assurance se vend encore largement à travers des réseaux qui évidemment se sont transformés, modernisés, et s’appuient désormais sur toutes les technologies existantes ; mais, où en fin de parcours, c’est un être de chair et d’os qui tente de convaincre un prospect de la qualité de ses produits. Nous avions dans un numéro précédent analysé le courtage, ici il s’agit des réseaux de distribution captifs dont on peut mesurer à quel point ils sont importants, implantés partout et parfaitement adaptés à la gestion des nouveaux risques. Même chose sur l’évolution de nos sociétés où l’on a tendance à ne regarder que le « startuper », l’entrepreneur ou le salarié aux vies professionnelles multiples. De la même manière que la France entière se passionne pour le sujet des retraites, les réformes de l’assurance chômage sont au cœur du débat politique français. Et là aussi la transition prend une réalité plus traditionnelle puisqu’au fond, dans les réformes proposées par les uns et les autres, on s’aperçoit que prédominent deux questions essentielles : à quel moment l’assurance chômage joue-t-elle un rôle néfaste sur l’incitation à reprendre le travail ? et qui doit gérer l’assurance chômage : l’État ou les partenaires sociaux ? Ce sont des questions extrêmement difficiles pour lesquelles il n’y a pas de réponse évidente et c’est tout l’intérêt de la rubrique « Analyses et défis » de ce numéro d’avoir présenté des points de vue divers et très souvent convaincants, même s’ils sont loin d’être convergents.

Enfin dans ce monde de transitions longues et complexes où le risque doit être appréhendé dans toute son actualité, il y a un domaine qui est la véritable interrogation pour notre société, au-delà du progrès technologique : assiste-t-on à une véritable révolution scientifique en médecine ? C’était l’objet du débat de ce numéro et là c’est une formidable note d’optimisme qui nous saisit. Il n’y aucun doute sur le fait que l’évolution de la médecine est l’élément le plus remarquable dans le domaine de la connaissance humaine de ces trente dernières années. Mais y a-t-il une limite à ce progrès ? La conclusion de ce débat est sans équivoque, il n’y en a pas et c’est évidemment essentiel dans notre domaine puisque cela redonnera tout son poids au risque de longévité.