Risques n° 119

Septembre 2019

N° ISBN : 978-2-35588-089-6

Société – L’intelligence peut être artificielle, l’empathie ne peut pas l’être

Risques et solutions – Quels défis pour les réseaux de distribution captifs ?

Gilles Bénéplanc, Introduction

Pierre Maxime Duminil, Les réseaux « captifs » facteurs de développement ?

Dans une société qui demande toujours plus d’Internet, à l’heure de la généralisation de l’e-commerce, de la banque en ligne, etc., les réseaux captifs d’assurance continuent de jouer un rôle prépondérant auprès du public. Contact humain, conseil, accompagnement, professionnalisme, mais aussi lien exclusif avec l’assureur en sont les causes majeures.

Godefroy de Colombe et Benjamin Mahé, Enjeux et opportunités des réseaux captifs

La distinction entre réseaux en assurance du particulier est traditionnellement une affaire de modèles de distribution. Réseaux directs centrés sur le client versus réseaux intermédiés, captifs et non captifs, centrés sur le distributeur. Chacun y a trouvé son équilibre de proposition de valeur au sein d’un triptyque qualité de service-prix-processus qui a limité les disruptions de marché. Cette distinction tend à disparaître avec le renouvellement des plateformes informatiques et la professionnalisation des services clients. Demain, les avantages comparatifs se feront sur l’expérience client lors de l’indemnisation. Le sujet est plus complexe, ce pourquoi il a tant tardé à émerger. Il constitue une opportunité décisive pour les réseaux captifs.

Franck Le Vallois, Quel avenir pour les réseaux captifs ?

« La distribution des produits d’assurance est en pleine mutation, prise entre le feu de la bancassurance et le développement de la vente directe. Cette concurrence fragilise les réseaux de distribution traditionnels, agents généraux et courtiers… ». Ces phrases auraient pu être rédigées en 2019. Elles sont en fait extraites d’un rapport de la commission des Finances du Sénat sur « la situation et les perspectives du secteur des assurances en France », remis en octobre 1998. Vingt-et-un ans plus tard l’intensité concurrentielle n’a jamais été aussi forte dans un marché fluidifié par la possibilité de résiliation infra-annuelle. Qu’en est-il donc aujourd’hui de l’avenir des réseaux captifs ?

Henri Debruyne, Agents et courtiers : métiers semblables, résultats contrastés

Dès la naissance de l’assurance moderne, il y a cent cinquante ans, cette industrie a confié la distribution de ses produits à des distributeurs indépendants. Ce fut le cas en France, comme dans l’immense majorité des pays à développement économique comparable. C’est encore le cas pour une part importante de l’activité bien que les conditions d’exercice (structure des marchés, réglementation, développement de la matière assurable) aient profondément évolué. L’intermédiation en assurance en France, comme en Europe, reste forte, mais les familles qui la composent ont des évolutions contrastées.

Grégoire Dupont, La résilience des agents généraux

La mort annoncée des réseaux d’agents généraux d’assurance est une idée régulièrement mise en avant par une série d’experts du secteur. Des traces des analyses de ces Cassandre ont pu être retrouvées dans des articles de la presse professionnelle dès les années 1970. Toutefois, ces multiples oraisons funèbres anticipées ne doivent pas masquer les profondes mutations que ce réseau de distribution a subi du fait d’une concurrence accrue, des fusions de sociétés d’assurance et des modifications du marché de l’assurance. Cet article entend donner quelques clés pour comprendre la pérennité et la résilience de ce mode de distribution unique en Europe.

Sylvain Mortera, Aréas aime ses agents généraux

Dans un monde où l’humain a tendance à s’effacer face à l’automatisation et à la robotisation ; dans un monde où l’immédiateté l’emporte sur la construction de long terme ; dans un monde où les peurs prennent le pas sur la confiance en l’avenir, Aréas assurances a choisi un modèle de relation client basé sur l’humain. Nos agents d’assurance – qui animent nos 500 points de vente répartis sur tout le territoire – ont vocation à exercer leur métier avec confiance. Notre bienveillance à leur égard s’inscrit dans les valeurs mutualistes qui nous animent. Partageant les valeurs et les ambitions de notre maison commune, transmettant et partageant son savoir-faire, chaque agent Aréas peut et doit s’épanouir professionnellement et humainement.

André Renaudin, Concilier devoir de conseil et performance commerciale des réseaux salariés de distribution

La réglementation accrue en matière de devoir de conseil et de transparence confirme la pertinence d’investir dans l’expertise de nos collaborateurs afin d’offrir une valeur ajoutée à tous nos assurés et prospects. Notre réseau de distribution salarié constitue bien un actif stratégique pour le groupe. Le système de management et la structure de rémunération des commerciaux constituent des leviers efficaces qu’il convient de piloter avec précision.

Catherine Charrier-Leflaive, La bancassurance, un modèle intégré d’avenir

Tous les modèles de bancassurance ont le double avantage de s’appuyer à la fois sur les larges réseaux de distribution des banques et sur des conseillers financiers qui ont une vision complète des besoins de leurs clients. Les degrés d’intégration varient cependant, allant du partenariat de distribution privilégié à la coentreprise, jusqu’au modèle plus intégré de la filiale. C’est vers ce dernier modèle que tendent aujourd’hui la plupart des acteurs, initialement pour des raisons financières, prudentielles et réglementaires, mais qui se révèlent être désormais un avantage commercial majeur.

Analyses et défis – L’assurance chômage est-elle la bonne solution au chômage ?

Pierre-Charles Pradier, Introduction

Bruno Coquet, L’assurance chômage, la confusion des missions

L’assurance chômage repose sur des bases théoriques bien établies, une longue pratique, et des résultats largement probants. Souvent assimilée à une politique sociale et gérée comme telle, elle se trouve exposée à des critiques inappropriées. Cela conduit à des réformes sous-optimales qui fragilisent les régimes qu’elles voudraient renforcer. Restaurer une assurance chômage efficace nécessite de lui redonner du sens et un horizon : universelle, recentrée sur sa mission première, tirant tous les atouts de son caractère assuranciel, gérée au plus près des besoins de l’économie et du marché du travail.

Philippe Trainar, Qui doit gérer l’assurance chômage en France ?

Les modalités de gestion de l’assurance chômage en France ont fait l’objet de débats politiques et sociaux intenses, notamment entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Les experts n’ont en revanche que peu étudié cette question. Le présent article vise à avancer de premiers arguments pour cadrer le débat technique. Dans une première partie, nous proposons une analyse critique des arguments économiques traditionnels avancés pour justifier l’intervention de l’État en matière d’assurance chômage ; dans une deuxième partie, nous montrons que les arguments politiques sont plus éclairants que les arguments économiques ; dans une troisième partie, nous inférons de cette situation la fonctionnalité d’une gestion étatique ; nous concluons sur le dilemme auquel le choix d’une gestion par les partenaires sociaux expose notre système d’assurance chômage.

Michel Guilbaud, Assurance chômage, le système français à la croisée des chemins

La récente réforme du système d’assurance chômage initiée par la loi du 5 septembre 2018 relative à la liberté de choisir son avenir professionnel, et dont les décrets d’application sont parus dans la torpeur de l’été, soulève de nombreuses questions, tant dans la manière dont elle a été conduite que sur sa philosophie. Cette réforme interroge avant tout l’efficacité d’un régime qui demeure structurant pour le fonctionnement du marché du travail, mais elle questionne également sa nature profonde. Enfin, elle nous bouscule, nous, partenaires sociaux, et nous oblige à réfléchir aux responsabilités qui doivent être les nôtres, et à la manière dont nous souhaitons les assumer vis-à-vis de l’État.

Emmanuel Jessua, L’impact de la réforme de l’assurance chômage

Le gouvernement a présenté le 18 juin 2019 les contours de la réforme de l’assurance chômage, qui durcit notamment les conditions d’ouverture des droits et introduit une dégressivité pour les hauts revenus d’activité, rapprochant ainsi le système français de celui de nos voisins. Cette réforme devrait permettre de dégager près de trois milliards d’euros d’économies d’ici 2020. Nous mobilisons dans cet article la littérature économique récente pour évaluer l’impact de cette réforme. Il en ressort que le principal impact sera budgétaire, sans effet significatif sur l’efficacité du marché du travail ni sur les grandeurs macroéconomiques.

Pierre Cahuc, Les prestations d’assurance chômage doivent-elles être dégressives ?

L’assurance chômage constitue un poste de dépenses important pour l’économie française. L’ensemble des dépenses de l’assurance chômage représente près de deux points de PIB, soit un peu plus de cinq fois le budget consacré à la justice ou encore un montant du même ordre de grandeur que le budget de la défense. En outre, depuis la récession de 2009, l’assurance chômage est en constant déficit. En 2019, sa dette dépasse 37 milliards d’euros. Ces chiffres, de par leur ampleur, suscitent de nombreux débats. Qu’en est-il exactement ?

Patricia Ferrand, Assurer les transitions professionnelles

La CFDT s’est engagée de longue date dans la lutte contre le chômage et ses conséquences : elle porte depuis la fin des années 1990 la sécurisation des parcours professionnels notamment via un bon niveau d’indemnisation et un accompagnement personnalisé de qualité. La réforme actuelle de l’assurance chômage menée par le gouvernement reste injuste pour la CFDT, elle n’est pas à la hauteur des enjeux et pose les fondations d’un nouveau modèle social dont l’évolution n’est pas débattue. La CFDT appelle à ouvrir ce débat sur l’assurance chômage de demain et à clarifier les responsabilités respectives de l’État et des partenaires sociaux.

Olivier Babeau, En finir avec l’assurance chômage

Face à la persistance d’un chômage de masse, les débats se concentrent sur le montant des dépenses du système d’assurance chômage et sa nature plus ou moins incitative. Si ces questions restent pertinentes, elles ne constituent qu’une réponse marginale au problème. La logique même de l’assurance chômage doit être remise en cause. Le chômage est désormais structurel, banal et lié à un déficit de capital humain. Il faut cesser de le considérer comme un risque. L’acquisition permanente des compétences garantissant l’employabilité doit devenir une pratique généralisée faisant du chômage une simple période de transition.

Xavier Ragot, Pour une réassurance chômage européenne

L’idée d’une assurance chômage européenne se développe dans le débat européen, car celle-ci permettrait une amélioration institutionnelle, économique, sociale et politique en Europe. L’exemple américain, où existe un niveau fédéral différent des niveaux des États montre qu’un niveau fédéral est compatible avec une hétérogénéité (légitime) des systèmes nationaux. Une telle assurance serait un puissant stabilisateur économique, en transférant du revenu aux travailleurs les plus fragilisés par le cycle économique.

Études et débats

Pierre Martin, Le risque politique en France, l’éternel retour ?

« La liberté politique consiste dans la sûreté, ou du moins dans l’opinion que l’on a de la sûreté. » Que désigne le politique, l’État dans son périmètre régalien depuis la fin du Moyen Âge ? Défendre le territoire, tenir les frontières c’est-à-dire sécurité intérieure (police) et extérieure (armée), lever l’impôt, battre monnaie, rendre justice, négocier les traités. C’est l’État réduit aux fonctions minimales. L’État est-il efficient ou défaillant, endosse-t-il ces risques ou les incarne-t-il paradoxalement ? Le risque politique a toujours été omniprésent, en France singulièrement : ce sera l’objet du présent article. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas le dompter, voire en tirer parti. La France, au regard du risque politique, se présente ici encore comme une exception. En réalité, le risque politique participe de l’identité française, tant les Français sont des animaux politiques dévorés par la passion politique qui fait mauvais ménage avec la raison économique… et le calcul de l’assureur. La France, plus que l’Europe, apparaît donc comme un cas clinique, présente une surexposition au risque politique, que nous décrirons ici comme une pathologie complexe, voire comme une complication du risque politique réalisé en Europe. Pathologie qui prend sens et s’éclaire une fois mise en perspective historique : le risque politique en France est-il générique, comparable à ce qui se passe en Europe, ou constitue-t-il un cas à part, résistant par certains côtés ?

Arthur Charpentier, Les autorités publiques face aux risques, de la confiance au doute

Il y a deux ans, au travers d’une superbe exposition, la France célébrait Louis Pasteur, un des grands précurseurs de la vaccination, dont on fêtera en 2022 le 200e anniversaire de la naissance. En même temps, la France est devenue le pays où le scepticisme face à l’efficacité de la vaccination est le plus grand. Et ce manque de confiance à l’égard des vaccins semble être beaucoup plus profond, correspondant à un doute face à la science, et aux autorités publiques.

Les débats de Risques

Laurent Abel, Thierry Bosc, Denis Castaing et Pierre-Yves Geoffard, Doit-on encore s’attendre à des progrès en médecine ?

Le 11 juillet 2019, Risques a organisé un débat sur les progrès en médecine et les questions qu’ils soulèvent aujourd’hui et qui ont un impact direct sur les conditions d’assurance en santé. Certains se demandent ainsi si l’on peut encore s’attendre à des progrès en médecine et si le ralentissement général du progrès technique observé au niveau macroéconomique n’affecterait pas aussi le progrès médical. D’autres remettent en cause la notion même de progrès médical et vont jusqu’à refuser la vaccination, mettant en avant les effets secondaires néfastes du progrès médical dans le cadre d’une contestation plus générale des sachants. Pour débattre de ces questions étaient réunis : Laurent Abel, directeur du laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses, Inserm U1163, Institut Imagine, Thierry Bosc, directeur du fonds de dotation Clinatec, Denis Castaing, chirurgien du Centre hépato-biliaire de l’hôpital Paul Brousse et Pierre-Yves Geoffard, économiste spécialiste de la santé, PSE-École d’économie de Paris.

Actualité de la Fondation du risque

Didier Blanchet, Comment rendre l’équilibre des retraites moins dépendant de la croissance économique ?

L’équilibre financier du système de retraite français est particulièrement dépendant de la croissance économique actuelle et surtout future. La crise de 2008 a fait prendre conscience de cette dépendance. Des chercheurs proposent des pistes pour inverser la situation.

Recensions

Jean-Hervé Lorenzi, Mickaël Berrebi et Pierre Dockès, La nouvelle résistance par Pierre-Charles Pradier
François Héran, Avec l’immigration, mesurer, débattre, agir par Carlos Pardo
Hubert Bonin, Histoire de la Société générale par Pierre Martin
Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares par Carlos Pardo

Prix Risques 2019

Le 17 juin 2019, la revue Risques a décerné son Prix 2019. Remis par Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, en présence de Bernard Spitz, président de la FFA, Jean-Hervé Lorenzi, directeur de la rédaction de la revue Risques et Daniel Zajdenweber, professeur émérite à l’Université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, président du jury 2019. Le Prix 2019 a été décerné François Héran, pour son ouvrage Avec l’immigration, mesurer, débattre, agir, paru aux éditions La Découverte et Robert Badinter, pour son livre Idiss, paru chez Fayard.