L’année 2010, restera celle de l’incertitude et de la transition. Incertitude, parce qu’il est très difficile, en cette fin d’année, de déterminer ce que seront les résultats macroéconomiques mondiaux au-delà des douze mois à venir ; et parce que chacun craint que n’éclate de manière imprévisible une crise sur des actifs trop valorisés ou sur des dettes souveraines mal maîtrisées.

Transition, parce que chacun sent que la reprise balbutiante aujourd’hui trouvera sa source essentiellement dans le dynamisme des pays émergents ; or ce dynamisme s’appuie, encore aujourd’hui, de manière massive sur les exportations. Mais la conjoncture des pays développés reste cependant bien faible et fragile et l’on voit bien que ce basculement d’activités des pays de l’OCDE vers les pays émergents rendra nécessaires les investissements très importants des uns et des autres afin que l’économie mondiale puisse réellement redémarrer. L’épargne qui y sera consacrée devra impérativement être canalisée vers des investissements à long terme car ce sont eux qui soutiendront cette toute nouvelle trajectoire. Et c’est là où l’assurance apparaît comme l’un des secteurs-clés, sinon peut-être le secteur-clé de notre avenir. Pourquoi ? Parce que l’assurance fut beaucoup moins secouée par la crise financière que la banque, et parce que c’est elle qui supporte par définition l’épargne à long terme.

C’est donc peu de dire que tout ce qui la touche, toutes les contraintes qui lui sont imposées notamment par Solvabilité II, est fondamental pour la sortie de crise.

C’est également la raison pour laquelle ce numéro de Risques est totalement dédié à l’assurance non pas de manière classique mais en mettant en lumière des aspects relativement inexplorés, méconnus de ce secteur d’activité si fondamental pour l’économie française. C’est ainsi que nous avons interviewé Patrick Lucas, parce qu’essentiellement l’histoire de Gras Savoye est emblématique de celle du grand courtage en France, qui représente l’un des principaux réseaux de distribution. Pendant longtemps on a considéré que le grand courtage, parce qu’il était international, était un terrain de jeu favori pour des grands groupes anglo-saxons. L’histoire montre que ce ne fut pas le cas ni pour Gras Savoye, ni pour quelques autres courtiers moins importants mais tout aussi dynamiques : Siaci Saint Honoré, Verspieren…

De la même manière, la communication, notamment publicitaire, ne fut pas jusqu’à il y a peu, le point fort de l’assurance. Nous avons voulu éclairer cette petite révolution culturelle qui fait que désormais nous sommes de plus en plus spectateurs de spots publicitaires inconcevables il y a quelques années.

Enfin, la sécurité est au cœur des préoccupations de nos concitoyens, et là encore nous avons essayé de comprendre comment l’assurance peut leur offrir une palette de solutions. Tout n’est évidemment pas résolu, mais l’une des angoisses dominantes de notre société peut être ainsi partiellement apaisée.

Ainsi, 2010 a redonné à l’assurance toute son importance, mais peut-être encore moins que ne le fera 2011.