Schumpeter a porté le terme d’innovation au coeur de la croissance économique. Nous lui en sommes tous redevables et rien aujourd’hui de ce qui favorise la croissance, le bien-être et l’innovation n’aurait eu lieu sans cette véritable révolution conceptuelle. Mais ce qui est bien plus important encore, c’est que pour Schumpeter, l’innovation prend de multiples significations. Elle peut être de produits, de procédés, de modes de production, de débouchés et de matières premières.
Dans cette liste, l’une apparaît plus originale que les autres : l’innovation de modes de production, qui comprend tout ce qui concerne nos organisations. Les résultats obtenus sur le plan macroéconomique ou microéconomique sont très largement liés à cette capacité d’améliorer nos relations entre acteurs économiques. C’est exactement ce que ce numéro de la revue Risques met en lumière.
Lorsque nous demandons à Éric Lombard ce qu’il faut pour sauvegarder l’Europe, c’est bien une réorganisation complète des mécanismes de protection commerciale qu’il suggère et il évoque à très juste titre les propositions de la note du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan pour se défendre de l’invasion de produits chinois.
C’est tout aussi vrai pour ce débat sur le rôle des complémentaires : quelle est la meilleure organisation pour améliorer la productivité de notre système de santé ? C’est là sans aucun doute le problème le plus important d’un pays qui va connaître un vieillissement accéléré, donc un accroissement très significatif des dépenses de santé, notamment pour tout ce qui concerne la dépendance. Toutes les solutions sont évoquées dans le « Risques et Solutions ». On retrouve la même exigence d’une transformation profonde de notre organisation collective dans le débat sur la fiscalité. Là comme ailleurs, nous sommes persuadés qu’on ne peut résoudre nos problèmes de déséquilibres fondamentaux que par une remise en cause d’une structure opérationnelle inadaptée et inefficace.
Il eût fallu sans doute évoquer les problèmes de formation mais ils sont moins centraux pour le secteur de l’assurance. Enfin, nous avons débattu du taux d’activité des seniors. Chacun sait que le handicap majeur de l’économie française est le faible taux d’emploi des jeunes et des seniors, pour lequel le problème est peut-être moins celui de l’organisation que d’une aversion des entreprises à l’intégration de ces deux grandes catégories sur le marché du travail. Les choses s’améliorent mais nous sommes encore loin du compte, en comparaison avec ce que font nos voisins. Les propositions abondent mais, là aussi, manque le fil conducteur de la carrière des individus, c’est-à-dire de l’organisation de la vie des salariés.
Ce numéro de Risques est au coeur des préoccupations françaises et met en valeur le fait que la méthode importe plus que toutes les formes diverses de subventions.
