Nous nous sommes fixé, depuis les débuts de la revue, de faire apparaître puis d’analyser et de proposer des gestions optimales pour toutes les formes de risques, des plus traditionnelles aux plus nouvelles. Ceci nous a conduits, tout au long de ces années, à évoquer les catastrophes naturelles, les pandémies, mais aussi le risque automobile… En un mot, tout ce qui a traversé le XXe siècle, sans affronter vraiment les conséquences en matière de risque des transformations majeures de ce début de siècle.

L’originalité de ce numéro est d’évoquer ces risques, apparus récemment, réellement liés à l’évolution de la société, aux crises sociales comme aux crises économiques. Ils font partie de tout ce qui fait de ce début de XXIe siècle une période particulière remplie de doutes, d’incertitudes, de pertes de références et de décisions autoritaires. Car, en réalité, les sociétés actuelles – tant celles des pays émergents que celles des pays développés – sont confrontées à des chocs multiples : celui d’un vieillissement grandissant, d’une financiarisation non contrôlée, d’inégalités inconnues jusqu’alors et d’innovations technologiques qui bouleversent tout sur leur passage.

Comment s’étonner alors que devant nos incompréhensions et nos incapacités à agir en connaissance de cause, nous alternions les angoisses, donc les addictions et les décisions arbitraires qui se veulent signes d’autorité tels que peuvent l’être certaines formes de compliance ? C’est là le paradoxe de notre époque. Capacités à vivre sur un plan individuel et difficultés à structurer nos organisations sociales. Et, c’est tout le mérite de nos approches d’avoir fait coexister ces deux mouvements à travers deux phénomènes caractéristiques de la période d’aujourd’hui : l’addiction et la volonté de tout contrôler.

Les addictions ont toujours existé de manière aussi répandue, aussi généralisée, aussi maladive, aussi incurable. Nous avons choisi de nous concentrer sur les formes les plus représentatives de notre époque, celles des jeux et du travail. Les remèdes à ces types de déviances sociales sont bien difficiles à apporter et cela met en évidence le caractère excessif de notre volonté de réguler, cette compliance universelle et permanente qui voudrait faire croire qu’après la grande crise de 2007-2008, nous avons repris notre destin en main.

En elle-même la compliance est une bonne chose, mais ses excès, cette forme de bureaucratisation, la rendent inefficace, contre-productive et surtout inappropriée à une société qui a besoin de respirer. Le mot clé est celui d’excès – et sa traduction dans des risques nouveaux – d’où la nécessité qu’il y a d’apaiser, d’assouplir, de comprendre ces formes de réponses inadaptées aux maux de nos sociétés. Mais là comme toujours, la gestion des risques apparaît comme l’élément majeur de la connaissance et de la compréhension de ce monde en effervescence