« On n’a rien compris à la maladie, tant qu’on n’a pas reconnu son étrange ressemblance avec la guerre et l’amour : ses compromis, ses feintes, ses exigences, ce bizarre et unique amalgame produit par le mélange d’un tempérament et d’un mal » écrit Marguerite Yourcenar dans les Mémoires d’Hadrien.

Pour aider à mieux connaître la pandémie de Covid-19, nous avons choisi non pas de faire le tour de ce que nous ne savons pas et qui serait très vaste, mais de ce que nous savons ou croyons savoir. Que nous apprennent les précédentes crises sanitaires pour la résolution de la crise actuelle ? Dans cette rubrique, Daniel Zajdenweber, Philippe Trainar et François-Xavier Albouy ont fait le tour de la littérature existante consacrée au risque et sélectionné quelques lectures qui nous permettent d’aller à l’essentiel parmi la multitude d’informations dans laquelle nous baignons depuis mars dernier.

Pour un regard historique sur les épidémies, Daniel Zajdenweber a choisi quelques sites et ouvrages récents francophones. Ceux-ci nous font remonter à la peste d’Athènes qui a tué Périclès et dont on ne sait pas très bien si c’était le typhus ou une fièvre typhoïde. Ils nous rappellent la peste et le choléra qui ont sévi pendant des centaines d’années et nous amènent jusqu’au sida et aux grippes, notamment la grippe espagnole de 1918 ou la grippe de Hong Kong de 1968 redécouvertes à l’occasion de cette crise.

Pour les modèles de pandémie, Daniel Zajdenweber nous présente un livre et des sites qui expliquent de manière pédagogique, y compris au néophyte, les modèles de propagation des épidémies et leur histoire, avec les désormais classiques modèles compartimentaux de type SIR1, mais aussi les modèles de percolation qui s’appliquent également au feu ou à l’écologie.

Philippe Trainar nous présente les conséquences économiques des pandémies. Très peu étudiées avant la crise du Covid-19 à de rares exceptions, car peu présentes dans nos souvenirs, les pandémies ont fait l’objet d’un rattrapage important dans la littérature économique de ces derniers mois. Les modélisations macroéconomiques récentes analysent les conséquences de la mortalité, de la distanciation sociale ou du confinement sur la perte de croissance économique, la raréfaction de l’offre de travail, de l’offre et de la demande, ou les effets sur les primes de risque des marchés financiers. Beaucoup d’études présentent des effets à court terme mais peu proposent de nouvelles politiques macroéconomiques à long terme.

François-Xavier Albouy revient sur la littérature des stratégies de sortie de crise sous l’angle économique. Il distingue trois études qui mettent en évidence la nécessité d’avoir des sorties de déconfinement ciblées et montrent qu’on a appris de l’après-2007. Il nous présente des futurs difficiles où selon son école, chacun lit dans la crise la justification de ce qu’il préconisait avant.

S’agissant du management de santé publique où le Covid-19 est un cas d’école d’expérimentation de différentes politiques sur la gestion de la même crise, François-Xavier Albouy analyse les conclusions de premières études internationales qui semblent montrer l’effet important du taux d’équipement et de la décentralisation sur le taux de mortalité.

Enfin, François-Xavier Albouy a choisi deux études analysant le prix de la vie humaine sauvée (3 millions d’euros dans l’une des études) au vu des stratégies de confinement et du coût supporté par l’économie. Il conclut en nous invitant à imaginer ce prix de la vie humaine transposé à la lutte contre d’autres fléaux tels que le paludisme ou la famine qui continuent à faire des ravages en vies humaines dans d’autres parties du monde.

« Tous les animaux sont égaux mais certains animaux le sont plus que d’autres » se transformait ainsi le septième commandement de la Ferme des animaux de George Orwell.

Note

  1. J’ajoute le site https://ncase.me/covid-19/ très pédagogique où chacun peut comprendre R0 et R et tester par lui-même l’impact des instruments de politique publique (tests, confinement, distanciation sociale, équipements, vaccin). Il y manque juste la capacité de tester directement l’hypothèse qu’une partie importante de la population serait déjà immunisée contre le virus avant de l’avoir rencontré, hypothèse très optimiste qui n’est pas exclue et qui monte à l’heure où j’écris.