Risques n° 120

Décembre 2019

N° ISBN : 978-2-35588-090-2

Société – Risques et opportunités d’un grand projet

Risques et solutions – L’assurance des grands chantiers

Jean-Claude Baron, Olivier Daussin et Thierry Marchado, L’assurance et la gestion de risque des grands chantiers

Les constants développements économiques et l’amélioration des conditions de vie créent des besoins sans cesse renouvelés de créer, construire, édifier, installer, ériger, urbaniser, voire démanteler des infrastructures et des patrimoines industriels ou immobiliers bâtis. Or l’acte de créer, concevoir et construire comporte un ensemble de risques inhérents et spécifiques que le maître d’ouvrage, ses conseillers et concepteurs s’attachent à identifier, éviter ou normaliser. Toutefois, malgré toutes les précautions et actions préventives envisageables, les périls, incidents et/ou conjonctions de situations défavorables ou imprévues demeurent et sont susceptibles de retarder, compromettre ou ruiner l’achèvement de l’ouvrage ainsi que le financement associé. Quel est l’apport de l’assurance pour réaliser ces grands projets ?

Olivier Hautefeuille et Georges Hélou, Mégaprojets : un écosystème assurantiel propre à chaque risque

Depuis sa création, notre société s’est toujours intéressée aux mégaprojets d’infrastructure. Les équipes successives ont maintenu et développé nos standards de souscription pendant plus de quarante ans. Nos portefeuilles sont ainsi les témoins des changements que ces grands projets d’infrastructure ont apportés aux pays où ils ont été entrepris. Par mégaprojets, il faut entendre des investissements de plusieurs milliards d’euros. Étant donné leur nature, les mégaprojets sont des ensembles complexes mais de plus en plus utilisés. Si nous considérons l’ensemble des secteurs dont les mégaprojets constituent une partie importante du modèle d’exécution (énergie, production d’électricité, transport, défense, aérospatial), ce marché pèse de 6 000 à 9 000 milliards de dollars US par an. Dans notre propos, nous nous intéresserons uniquement aux mégaprojets des secteurs de la construction et de l’ingénierie (infrastructure, énergie et production d’électricité).

Aude Frébault et Grégory Kron, Les risques liés aux grands chantiers

Les grands chantiers revêtent un caractère particulier pour tous les intervenants, même pour l’assureur construction. En effet, du fait de l’importance des projets, ils concentrent une multitude de risques spécifiques. L’identification de ces risques et leur maîtrise sont donc primordiales, et chaque étape d’un grand chantier répond à des problématiques propres en la matière, y compris l’expertise faisant suite à la survenance d’un sinistre. Dans ce cadre, le chantier du Grand Paris Express, dont SMABTP est l’assureur principal, illustre la singularité des risques liés aux grands chantiers.

Sylvain Pollet, Le grand pari de l’assurance

Il est encore un peu tôt pour apprécier l’efficacité du programme d’assurance de la Société du Grand Paris… Il est toutefois permis de témoigner des raisons pour lesquelles un maître d’ouvrage tel que la Société du Grand Paris, en charge du plus grand projet d’infrastructure en Europe, souhaite faire appel à l’assurance construction alors que la loi ne l’y oblige pas. Il est également possible de rendre compte des acquis du programme déployé ainsi que des quelques particularités rencontrées lors de sa conception, puis de sa souscription.

Claude Noël et Jean Rondard, Du placement des programmes d’assurance des grands projets

L’époque est marquée par les grands projets d’infrastructure. En France, le Grand Paris Express (GPE), Eole, CDG Express et l’extension du métro représentent plusieurs dizaines de milliards d’investissements simultanés. Dans un premier temps, nous analyserons le poids économique de l’activité « grands projets de construction » dans le monde entier. Ces projets urbains font l’objet de programmes d’assurance destinés à transférer une partie des risques de construction, et nous tenterons de répondre aux questions suivantes : Quels sont les risques transférables à l’assurance ? Comment s’effectue le placement des contrats ? L’approche du courtier est déterminante dans le processus de souscription et de gestion de ces programmes. Nous en dresserons les principales missions et donnerons notre vision de la structure des capacités d’assurance et de réassurance. Pour finir, nous aborderons la question des nouveaux risques et des défis qu’ils représentent.

Jean-Charles Robin, La future gare du RER E sous le Cnit : enjeux et complexité

En 2022, une nouvelle gare verra le jour à la Défense. Implantée à 35 mètres de profondeur, sous l’emblématique Centre des nouvelles industries et technologies (Cnit), elle répond à un enjeu majeur pour le quartier de la Défense d’offrir une nouvelle desserte avec l’arrivée de la ligne E du RER (projet Eole). Ce chantier hors normes requiert une maîtrise des risques particulièrement complexe, dans l’environnement urbain le plus dense d’Europe.

Analyses et défis – Les taux zéro vont-ils durer ?

Patrick Artus, Les taux d’intérêt zéro sont-ils utiles ou dangereux ?

Le Japon depuis longtemps, la zone euro depuis quelques années, peut-être dans le futur les États-Unis, ont des taux d’intérêt à court terme et à long terme nuls ou négatifs. Il faut d’abord se demander d’où viennent les taux d’intérêt à long terme très faibles : de l’équilibre entre l’offre et la demande de biens et services ou de dettes sans risque, ou simplement des politiques monétaires expansionnistes ? Il faut ensuite se demander si les taux d’intérêt nuls vont durablement se poursuivre ; il faut enfin évaluer les avantages et les inconvénients, les risques multiples de cette situation de taux d’intérêt nuls, avec une attention particulière à la relation entre politique monétaire et politique budgétaire. Nous conclurons que la politique monétaire est déterminante, que cette situation est durable, et que de plus en plus les risques l’emportent.

Olivier Garnier, Stéphane Lhuissier et Adrian Penalver, Taux d’intérêt bas, quelle responsabilité de la politique monétaire ?

Dans la plupart des pays avancés, les taux d’intérêt réels ont fortement chuté depuis leur pic des années 1980, pour tomber aujourd’hui à des niveaux proches de zéro ou négatifs. Cette baisse résulte non pas tant des politiques monétaires en elles-mêmes mais d’abord et surtout de changements structurels affectant la croissance économique tendancielle et l’équilibre épargne/investissement. La politique monétaire ne fait qu’accommoder les conséquences de ces changements structurels. Une meilleure utilisation des politiques structurelle et budgétaire pourrait en revanche contribuer à enrayer ce mouvement baissier des taux réels.

Jean-Marc Daniel, Géopolitique des taux négatifs

L’évolution récente des taux d’intérêt, marquée par une véritable chute des rendements et l’apparition de taux négatifs, provoque interrogation et multitude d’interprétations ; et ce d’autant plus que la rapidité du phénomène est tout aussi intrigante que le phénomène en lui-même. Quelle interprétation géopolitique peut-on en donner ?

Jean-Pierre Grimaud, Les taux bas vont-ils durer ?

À la suite de la crise financière de 2007-2008 et de celle de la zone euro de 2011, la plupart des économies développées ont vu leur taux d’emprunt baisser fortement, sous l’impulsion d’interventions massives et inédites des banques centrales. Ces interventions nommées « assouplissement quantitatif » (quantitative easing, QE) ont dans certains cas été si fortes que pour certains pays, les taux d’emprunt ont été propulsés en territoire négatif, du jamais vu dans l’histoire économique et financière récente. Comment est-on arrivé à une telle situation qui bouleverse la théorie financière et pose un problème majeur de modèle aux institutions financières et de rémunération de l’épargne ?

Sylvie de Laguiche, Taux négatifs, vers un réveil douloureux

Les taux courts sont aujourd’hui durablement en territoire négatif en zone euro, au Japon et surtout en Suisse. C’est aussi le cas depuis ces derniers mois des obligations d’État à dix ans dans plusieurs pays de la zone euro, au Japon et en Suisse. Pour l’homme de la rue ceci peut sembler bien abstrait, mais la persistance d’une telle situation a déjà des conséquences très contre-intuitives pour l’homo economicus. Des émetteurs (États), même déjà lourdement endettés, sont payés pour emprunter y compris à long terme. Des épargnants ou institutions financières sont prêts à payer pour assurer des revenus dans le futur. Les particuliers peuvent finir par supporter les conséquences de ces curieux phénomènes au travers des bouleversements induits dans le système économique et financier.

Thomas Béhar et Jean-Baptiste Nessi, L’assurance vie à l’épreuve du changement

L’environnement financier, en ce début d’automne 2019, est désormais ancré en territoire de taux d’intérêt négatifs. En même temps, le besoin des ménages en termes d’épargne n’a jamais été aussi élevé, que ce soit en matière d’épargne de précaution, d’épargne retraite ou pour la transmission. Jusqu’à présent le fonds euros était l’outil privilégié, alliant sécurité, liquidité et rendement, les fonds en unités de compte s’étant développés au rythme des évolutions des marchés actions. La situation financière actuelle accentue le travail déjà entamé par les assureurs pour identifier et vendre des garanties moins coûteuses en capital. Les exemples identifiés, hors de France, montrent que la disruption apportée par les nouvelles garanties peut avoir des effets négatifs pour l’assurance vie – si le caractère assurantiel des garanties n’est pas préservé – ou neutres à positifs – si les besoins et appréhensions des consommateurs sont respectés.

Marie-Pierre Peillon et Alexandre Piazza, Environnement européen et investissement en taux bas, une adaptation nécessaire

L’évolution des taux d’intérêt européens depuis la crise financière de 2007 s’inscrit dans un mouvement de baisse continue. L’environnement actuel souffre toujours de faiblesses structurelles, loin d’être résorbées. Ainsi, compte tenu des niveaux de croissance et d’inflation anticipés, les taux resteront durablement bas au cours des prochaines années. Face à ces risques pour les métiers de la finance, la gestion d’actifs s’adapte et propose des solutions d’investissement.

Philippe Lemoine, Usure base zéro

Un taux de l’usure ramené à zéro ne serait-il pas l’idéal ? Dans un environnement de taux négatifs, la question peut se poser et plusieurs religions ou idéologies y trouveraient sans doute leur compte ; mais les conséquences en seraient dramatiques. Jouer sur le taux de l’usure ne suffit désormais plus à piloter le crédit.

Pierre-Charles Pradier, La condamnation de l’usure : le discours et les faits

L’usure est réglementée depuis la nuit des temps, apparemment sans grand succès. Les religions abrahamiques ont toutefois adopté une position radicale en prohibant tout intérêt dans les prêts, entre croyants chez les juifs, ou de manière universelle chez les chrétiens et chez les musulmans. Ces interdictions strictes constituent toutefois des positions théoriques, dans la mesure où le christianisme a admis des exceptions avant de considérer récemment le crédit comme une arme de lutte contre la pauvreté et un intérêt modéré comme un moindre mal. Dans l’islam, l’engouement pour la finance islamique s’est accompagné d’un durcissement doctrinal qui dissimule la rémunération des intermédiaires financiers plus qu’elle ne l’interdit.

Études et débats

Pierre Martin, L’eau douce, un risque vital ?

« Manquer d’eau. Dans les campagnes sahéliennes, ce sont les trajets interminables des femmes et des petites filles chargées de lourds récipients, l’approvisionnement dans des rivières, des mares, des puits où les bêtes boivent, où l’on se lave, défèque, rejette ses déchets. » L’eau douce désigne l’eau non salée : 3 % des eaux de la planète. Elle est indispensable à la vie humaine. Mais hommes et espaces sont inégaux face aux dotations en eau : surplus, équilibre, déficit. De plus, la pression démographique et économique pousse à une plus grande consommation d’eau, qui pose la question de la satisfaction durable des besoins hydriques, comme de la gestion, coopérative ou conflictuelle, des ressources.

Rodolphe Bigot et Arthur Charpentier, Repenser la responsabilité et la causalité

En cent cinquante ans, le concept de responsabilité a beaucoup évolué, sans jamais disparaître. Et aujourd’hui, on le retrouve dans des contextes variés, allant des catastrophes écologiques ou industrielles – on évoquera un « principe de précaution » qui a rendu floue la notion même de causalité – aux « machines intelligentes », qui quittent le rôle d’aide pour finalement prendre des décisions à notre place.

André Babeau, L’épargne, cette inconnue

Selon les comptes nationaux, l’épargne des ménages a trois destinations : l’accroissement du patrimoine financier, celui du patrimoine non financier et la diminution des dettes. Pourtant, dans quelque pays que ce soit, il s’en faut aujourd’hui de beaucoup que soient disponibles toutes les informations nécessaires pour permettre le calcul de chacune de ces trois composantes. Un exemple, entre autres, les comptes nationaux ne donnent d’informations que sur les nouveaux crédits accordés, nets des remboursements d’emprunts. Ces derniers doivent donc faire l’objet de calculs séparés et malaisés. Les raisons immédiates de connaissances aussi insuffisantes dans le domaine concerné tiennent à l’absence d’attention pour les relations entre épargne et crédit. Mais cette absence d’attention a elle-même des causes anciennes et multiples. Quant aux conséquences de cette ignorance, elles sont devenues intolérables de nos jours. Malgré un changement d’optique perceptible depuis la crise de 2008, la plupart des économistes continuent d’ignorer la gravité du problème que nous nous proposons d’analyser. En conclusion, c’est avec une extrême prudence que nous proposerons au lecteur une décomposition du flux d’épargne des Français pour des années récentes.

Alexandre Hassler, Assurer, réassurer et titriser les cyber-risques

Toujours plus spectaculaires et plus coûteuses, les cyberattaques ont gagné en médiatisation au fur et à mesure que la technologie a envahi le quotidien des entreprises et des consommateurs. Face aux cyber-risques, et plus que la cybersécurité, c’est désormais la cyber-résilience que recherchent les organisations du monde entier. À l’heure du bouleversement numérique, assureurs, réassureurs, courtiers, investisseurs d’insurance-linked securities (ILS) et tout l’écosystème assurantiel se mobilisent pour apporter une réponse durable à un enjeu sociétal d’avenir.

Les débats de Risques

Jérôme Kullmann, Sylvain Mortera, Aurélien Saïdi et Patrick Thourot, L’enseignement de l’assurance à un tournant

Le 28 octobre 2019, Risques a organisé un débat sur l’enseignement de l’assurance. Au moment où l’Observatoire des métiers de l’assurance publie ses chiffres et laisse apparaître que plus de 30 % des recrutements sont faits à bac +5, tout confondu, sur 15 000 recrutements par an dans le secteur de l’assurance, il était important de s’interroger sur les besoins de la branche en matière de formation – professionnalisante, généraliste – et sur les compétences nécessaires aux métiers de demain. Pour débattre de ces questions étaient réunis : Jérôme Kullmann, directeur de l’Institut des assurances de Paris-Dauphine, Sylvain Mortera, directeur général du groupe Aréas Assurances et président de l’Université de l’assurance, Patrick Thourot, président de Forsides et Aurélien Saïdi, vice-président de l’Université Paris-Nanterre, en charge du numérique.

Actualité de la Fondation du risque

Mirna Safi, Les discriminations ethno-raciales au travail, une ambiguïté française

Les programmes pour favoriser l’emploi des personnes issues des minorités visibles ne semblent pas très efficaces en France dans un contexte où les statistiques ethno-raciales y sont interdites par la loi. Une chercheuse a réalisé une étude empirique inédite pour analyser les conditions d’implémentation de ce type de programme, ainsi que les caractéristiques des personnes y participant.

Recension

Patrizio Bianchi, Clemente Durán et Sandrine Labory, Transforming Industrial Policy for the Digital Age par Carlos Pardo
Matt Ridley, The Rational Optimist par Carlos Pardo