Risques n° 114

Juin 2018

N° ISBN : 978-2-35588-083-4

Commander
Feuilleter
Télécharger

Risques et solutions – Peut-on réformer les retraites ?

Daniel Zajdenweber, Introduction au dossier

François-Xavier Albouy, Qu’est-ce qu’un système de retraite au XXIe siècle ?

Tithon le berger était d’une grande beauté. Éos, la déesse Aurore, l’enleva et le prit pour amant. Elle lui obtint de Zeus la vie éternelle. La vie éternelle, mais pas la jeunesse éternelle. Tithon était donc condamné à une vieillesse éternelle. Vieillard desséché, il finit abandonné d’Eos et transformé en cigale, dit la légende. Ce risque tithonien d’une longue agonie, ponctuée de pertes d’autonomie successives, menacée par la démence, ce risque d’une vie qui s’étire, d’une vie desséchée, d’une vie passive, est celui qui nous angoisse. C’est avant toute chose ce risque qui nous préoccupe. Posons par principe qu’au XXIe siècle, un système de retraite devrait permettre trois choses. La première serait de transporter de la valeur sur de très longues durées. La deuxième serait de permettre à tout un chacun d’organiser son temps entre travail, formation et loisir sur toute la durée de sa vie adulte. La troisième serait de compenser la mutualisation du risque viager, et non pas seulement celui des inégalités dans l’espérance de vie, mais aussi celui des inégalités dans l’espérance de vie en bonne santé : le risque tithonien.

Claude Tendil, Les retraites au cœur du pacte social

Loin d’être immobiles, les régimes de retraite français ont connu des mutations régulières qui ont construit un système globalement très protecteur et solidaire. La réforme annoncée par l’exécutif doit s’inscrire dans cette continuité, mais elle doit aussi répondre aux doutes sur la pérennité de ce modèle d’assurance vieillesse. Pour la CFDT, cela ne pourra être obtenu qu’en refondant le pacte social qui est à la base de la retraite par répartition, pour lui donner plus de visibilité et plus de cohérence.

Didier Weckner, L’Agirc-Arrco, acteur de la réforme des retraites

Les régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco fusionneront au 1er janvier 2019. À n’en pas douter, cet événement, majeur et symbolique, marquera d’une empreinte forte l’histoire de ces régimes, longue de plus de soixante-dix ans. Au cours de cette période, l’Agirc et l’Arrco ont su s’adapter aux évolutions de la société française, à son histoire sociale et aux soubresauts de son économie. À l’heure où progresse l’interrégimes et où une réforme systémique se profile, une nouvelle page s’ouvre désormais pour le futur ensemble Agirc-Arrco.

Arnaud Chneiweiss et Mathieu Gatineau, La rente, protection face au risque de longévité

Le financement et la prise en charge de la retraite et de la perte d’autonomie sont des défis majeurs pour nos sociétés vieillissantes, qui ne seront relevés que par une palette de solutions, venant tant des acteurs publics que privés. La Fédération française de l’assurance (FFA) a rendu publique en mars 2018 une initiative pour développer l’épargne retraite supplémentaire. Cet article s’attache à décrire la pertinence de cette initiative sous l’angle d’une protection sociale accrue face aux deux grands risques liés au vieillissement de la population, la pauvreté au grand âge et la dépendance.

Mathilde Viennot, L’épargne retraite, sortie en rente ou en capital ?

Le couplage de la phase de constitution et de la phase de liquidation de l’épargne retraite est nécessaire pour les différents acteurs économiques : l’épargnant, les entreprises via le financement de l’économie, et les administrations publiques.

José Bardaji et Jean Malhomme, Bâtir un troisième étage des retraites

Le diagnostic est connu et partagé, notamment grâce aux travaux du Conseil d’orientation des retraites (COR). L’équation est simple, répétée dans bon nombre de contributions de ce numéro de la revue Risques dédié aux retraites. Les réformes successives de 1993, 2003, 2008, 2010-2011, 2012 et 2014, parfois particulièrement ambitieuses comme celles du début des années 1990 et 2000 et parfois plus simplement paramétriques, ont été aussi utiles qu’insuffisantes au regard du défi démographique qui commence à frapper notre pays avec le vieillissement des cohortes nombreuses du baby-boom. Au moment où le gouvernement s’attèle à mener une réforme ambitieuse des régimes obligatoires de retraite, ces quelques lignes apportent une contribution qui se veut également ambitieuse pour faire des retraites supplémentaires en France un réel complément de revenu viager demain. Dans le même temps, elles avancent des pistes afin que ce développement permette de mieux financer l’économie et, partant, d’aider nos entreprises à créer des richesses.

Antoine Bozio,Simon Rabaté, Audrey Rain et Maxime Tô, La réforme des retraites, un nouveau pilotage

La réforme des retraites en cours d’élaboration en France repose, comme la réforme suédoise des années 1990, sur l’idée de transformer le système actuel en système à cotisations définies, avec un rendement interne appliqué à ces cotisations qui permette de garantir l’équilibre du système à long terme. Cet article vise à rappeler brièvement pourquoi le pilotage par le rendement semble une approche pertinente pour des systèmes de retraite en répartition matures, mais aussi quelles en sont les limites.

Analyses et défis – La blockchain (chaîne de blocs), fausse ou vraie révolution ?

Philippe Trainar, Introduction au dossier

Joëlle Toledano, La chaîne de blocs, un nouveau modèle économique

Interview

Alexis Collomb, L’impact de la technologie blockchain sur l’industrie financière

Si l’on considère le premier écosystème de blockchain, celui de Bitcoin, le papier séminal de Satoshi Nakamoto sur son protocole était porteur d’une promesse qui trouvait un écho particulièrement favorable auprès de tous ceux qui tenaient les banques pour responsables de la crise financière : il allait être possible de désintermédier les institutions financières et autres tiers de confiance ! C’était, pour certains, la fin annoncée des banques et même, pour d’autres, celle des professions assermentées (notaires, huissiers, etc.). Or, après presque dix ans de fonctionnement du protocole de Bitcoin et la découverte par le grand public du mot « blockchain » – The Economist faisait sa couverture sur la « machine à confiance » en 2015 –, quel bilan peut-on dresser de cet élan initial ?

Régis Delayat, La révolution blockchain de l’assurance

Sous le double effet de l’explosion des technologies et de l’évolution des usages, les assureurs ont, comme toutes les entreprises, profondément revu leurs modes de fonctionnement et de collaboration pour améliorer leur efficacité opérationnelle et développer leur activité, jusqu’à réinventer leurs modèles d’affaires. Ces transformations internes doivent à tout prix s’accompagner d’initiatives collectives pour révolutionner les interactions avec les clients et les fournisseurs au sein de l’écosystème assurance et tirer le meilleur profit de ces efforts. La technologie blockchain, mise au service de communautés comme l’assurance, est pleine de promesses pour enfin parvenir à automatiser en toute sécurité les échanges entre les différents acteurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur, au bénéfice de tous. « Moins d’administration, plus d’assurance », la devise de B3i (Blockchain Insurance Industry Initiative), traduit parfaitement cette ambition d’une assurance plus abordable et plus efficace.

Mathilde Garotin, Jihane Khouzaimi et Jérôme Balmes, Blockchain, mythe ou réalité ?

Pour la blockchain, si les années 2016 et 2017 furent une ère d’expérimentations tous azimuts, l’année 2018 semble marquer le passage à une phase d’industrialisation pour de nombreux secteurs. De nombreux doutes subsistent pourtant et des mythes perdurent. Alors qu’en est-il vraiment ? et quel est le potentiel de la blockchain pour le secteur de l’assurance ? Éléments de réponse.

Laurence Hontarrède, Blockchain, enjeux et expérimentations d’une technologie de rupture

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission, transparente et sécurisée, qui rend possible la traçabilité infalsifiable des informations. Le champ d’application de cette technologie est immense. Nous sommes tous concernés en tant qu’entreprises ou institutions mais aussi en tant qu’individus, car la blockchain touche la société dans son ensemble. Comment la blockchain permet-elle de redéployer les rapports de confiance au sein du corps social ? Comment utiliser le potentiel de cette technologie au service des clients et de la maîtrise du risque ? Au vu des premières expérimentations réalisées, comment sécuriser l’avenir de cette technologie ?

Jérôme Payonne, Blockchain et gestion des captives

La blockchain est une nouvelle façon de stocker des données de manière sécurisée et immuable, et de les organiser, notamment grâce aux smart contracts qui peuvent y être associés. Elle pourrait permettre des transactions sécurisées, infalsifiables et instantanées entre clients, assureurs et réassureurs. La stratégie d’Allianz est d’en explorer les usages potentiels et de créer des solutions pilotes adaptées aux besoins des clients, afin d’être prêt à agir à plus grande échelle quand le moment sera venu. C’est ainsi qu’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS) a lancé un prototype de blockchain pour le marché des captives d’assurance.

Jean Devambez et Khai Uy Pham, Comment la blockchain peut fluidifier la distribution de fonds

La chaîne de blocs (blockchain) va-t-elle permettre de construire le Web 3.0, comme l’a récemment affirmé Joseph Lubin, cofondateur d’Ethereum ? Une nouvelle génération d’Internet qui proposerait cette fois une gestion décentralisée de la donnée et des transactions basée sur un échange sécurisé de la valeur dans un réseau de pair à pair (peer-to-peer), mais qui ouvrirait certainement la porte à des modèles économiques totalement nouveaux. En partie couverte par les débats sur les risques et l’opacité des cryptodevises (cryptocurrencies) comme le bitcoin et des processus d’offre au public de jetons (Initial Coin Offering – ICO) non régulés, cette question est en réalité fondamentale pour le secteur financier. Autrement dit, la blockchain peut-elle dans un contexte parfaitement régulé et transparent apporter des solutions nouvelles à cette industrie pour non seulement réduire les coûts, améliorer la qualité de service et la fluidité des échanges mais également créer de nouvelles offres ?

Julien Raimbault, Blockchain, bientôt une réalité pour la gestion d’actifs

Cloud, big data, intelligence artificielle, robots et… blockchain ; le digital est partout, dans tous nos journaux, sur tous nos écrans, de toutes les conférences. Mais la blockchain, qu’est-ce que c’est ? Et à quoi cela peut-il bien servir vraiment, pour nos clients ou pour nous-mêmes ? De nombreuses applications peuvent être imaginées, dont certaines sont maintenant plus proches de la réalité que du rêve. Parmi elles, la souscription de parts de fonds est sans doute l’une des candidates toute désignée. Et d’autres suivront, au fil des progrès technologiques et réglementaires.

Jean-Pierre Grimaud, Blockchain et gestion d’actifs, un potentiel à explorer

Depuis quelques mois, nombre de séminaires et d’articles en tout genre sont consacrés à l’apport de la technologie blockchain dans l’économie. Pour être à la mode, il suffit de dire ce mot et les oreilles se tendent sans que tout un chacun comprenne véritablement ce qui se cache derrière cette « chaîne de blocs ». L’objet de cet article n’est pas de décrire les mécanismes de cryptage, ni ceux du fonctionnement de la blockchain, mais de mettre en avant les avantages que l’industrie de la gestion d’actifs pourrait trouver dans l’utilisation de la technologie. C’est en particulier dans la gestion des passifs des fonds d’investissement que l’apport peut se révéler majeur pour autant que les parties prenantes s’approprient le sujet.

Faustine Fleuret et Pierre-Charles Pradier, Stratégie des pouvoirs publics en matière de chaînes de blocs

Quel intérêt les pouvoirs publics portent-ils au développement de la chaîne de blocs ? Cette technologie souffre actuellement de deux maux : d’une part, elle est l’objet d’un engouement qui ressemble à une bulle spéculative, d’autre part, la comparaison avec l’intelligence artificielle n’est pas à son avantage. Comme l’indique le rapport Villani, l’IA apporte outre « l’innovation technologique […] une innovation dans les usages, services et produits, les modèles économiques, les modèles marketing et commerciaux, les modèles d’organisation, et bien sûr […] une innovation sociale ». Par comparaison, les applications de la chaîne de blocs devraient certes permettre de baisser les coûts ou d’améliorer la sécurité mais seulement en matière de manipulation et de stockage des données : l’impact serait donc limité. On peut néanmoins s’attendre à ce que les entreprises la mettent en œuvre sans incitation particulière, pour des raisons économiques, comme l’illustre le présent dossier. Toutefois, le progrès des infrastructures de financement intéresse la Direction générale du Trésor (en particulier son service du financement de l’économie) car il conditionne l’efficacité de l’économie dans son ensemble. De plus, dans la mesure où ses usages touchent le public dans des domaines où elle est appelée à remplacer des mécanismes producteurs de confiance, la chaîne de blocs doit faire ses preuves, et l’État peut accompagner le mouvement à défaut de le produire. C’est dans cet esprit que deux ordonnances et un article du projet de loi Pacte ont été rédigés après une large consultation des parties prenantes, sous l’égide de la Direction générale du Trésor et des autorités administratives (en particulier l’Autorité des marchés financiers). Nous allons illustrer la stratégie des pouvoirs publics par la lecture de ces trois textes ; nous terminerons par une mise en perspective un peu plus théorique qui montre que la chaîne de blocs pourrait bien apporter quelques innovations sociales, même si la fièvre spéculative tend pour l’instant à faire oublier ce qui pourrait être essentiel.

Etudes et débats

Pierre Martin, La France face au risque d’insécurité

« La guerre fait naître et mourir les États. Dans l’intervalle, elle ne cesse de planer sur leur existence ». Charles de Gaulle, dans ses Mémoires d’espoir rédigées à la fin de sa vie, rappelait avec lucidité que le risque d’insécurité réalisé peut emporter des nations solidement établies. L’insécurité désigne le « manque de sécurité ; l’inquiétude provoquée par l’éventualité d’un danger. » Comment la France a-t-elle alors fait face à ce risque changeant sur le plan extérieur, voire intérieur, depuis le XIXe siècle ? La France est-elle condamnée à revoir sans cesse son approche de la sécurité une fois le risque d’insécurité réalisé, qui révèle souvent chez elle une inadaptation géostratégique ? La France est-elle finalement condamnée à l’insécurité et à la défaite ?

Arthur Charpentier, L’intelligence artificielle dilue-t-elle la responsabilité ?

On essaie de nous faire croire que l’intelligence artificielle est une révolution. Et s’il n’en était rien ? Ne peut-on pas voir tout simplement la logique d’un processus qui remonte au moins aux cinquante dernières années ? La bureaucratie nous a poussés à mettre en place dans tous les domaines de la vie quotidienne des procédures simples, permettant à tout le monde de se dégager de toute responsabilité, de ne plus avoir à faire preuve d’intelligence. Les algorithmes font peur ; on se demande où se trouve l’« humain » dans ces procédures décisionnelles… Et s’il avait déjà disparu depuis bien longtemps ?

Mathieu Lefebvre et Pierre Pestieau, Faut-il désespérer de l’État providence ?

L’objet de cet article est de défendre l’idée que le rôle de l’État providence n’a sans doute jamais été aussi important qu’aujourd’hui, mais que cela implique qu’il se renouvelle pour relever le défi que présentent les diverses fractures sociales. Il lui faudra réorienter ses priorités et adopter une politique davantage proactive.

Les débats de Risques

Marie-Claire Carrère-Gée, Pierre-Alain de Malleray et Sébastien d’Ornano, La numérisation de l’économie, quels effets ?

Le 3 mai 2018 Risques a organisé un débat sur la robotisation. Des études internationales, menées notamment par le Boston Consulting Group (BCG) et par McKinsey, il ressort que la robotisation va conduire à une transformation majeure de la structure des emplois dans le monde, avec des effets globalement bénéfiques pour les consommateurs, les entreprises et les économies en général ; mais avec des pertes importantes d’emplois dans certains secteurs et à l’inverse des créations dans d’autres secteurs. Étaient réunis pour en évoquer les enjeux : Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) et représentante de la France au sein de l’Employment Working Group du G20, Pierre-Alain de Malleray, président de Santiane et Sébastien d’Ornano, président exécutif de Yomoni. Le débat était animé par Charlotte Dennery et Arnaud Chneiweiss, membres du Comité éditorial de Risques.

Actualité de la Fondation du risque

Jean-Yves Lesueur, Quel impact des programmes de prévention santé sur l’arbitrage autoprévention/assurance

Le 8 février 2018 Jean-Yves Lesueur a présenté un premier état d’avancement de ses travaux portant sur l’impact attendu de l’adhésion des assurés aux programmes de prévention santé issus de l’accord national interprofessionnel (ANI), sur leur arbitrage autoprévention/couverture assurance.

Recensions

Bertrand Badré, Money Honnie. Et si la finance sauvait le monde ? par Carlos Pardo
Michel Lutfalla, Une histoire de la dette publique en France par Pierre Martin
Emmanuel Garnier, L’empire des sables par Daniel Zajdenweber

Remise du prix Risques 2018

Le 17 mai 2018, la revue Risques a décerné son Prix 2018. Remis par Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, avocat à la cour, en présence de Bernard Spitz, président de la FFA, Jean-Hervé Lorenzi, directeur de la rédaction de la revue Risques, Daniel Zajdenweber, professeur émérite à l’Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, président du Jury 2018, le Prix 2018 a été décerné à Mathieu Lefebvre et Pierre Pestieau, pour leur ouvrage L’État-providence. Défense et illustration, paru en octobre 2017 aux PUF et à Jacques Pelletan, pour son ouvrage Sociétés sécuritaires ou sociétés de confiance, paru en novembre 2017 aux éditions L’Harmattan.