Ce numéro de la revue Risques nous replonge avec bonheur dans l’assurance au sens le plus traditionnel et nous ramène essentiellement en France. Cela commence avec l’interview de Serge Papin, si passionnante dans cette perspective d’un commerce qui serait à la fois numérique, mais également comme il le dit « en magasin pour créer du lien ». Au fond, il dissipe quelque peu nos craintes d’un monde déshumanisé dans lequel les Gafa joueraient le rôle de destruction de toute relation physique pour y substituer une rationalité supérieure. En ce sens, ce dirigeant de Système U nous conduit à une vision plus raisonnable des évolutions technologiques, plus accrochée à la réalité, avec ses 1600 magasins. Mais là où le propos est encore plus percutant, c’est lorsqu’il nous rappelle que ces grands réseaux commerciaux ont une responsabilité très concrète pour nous tous, en mettant en lumière les risques que nous encourons, tant en matière de sécurité qu’en matière de risques alimentaires, et c’est sur le deuxième point qu’il nous apporte une vision de son métier novatrice, puisqu’au fond il promeut avec énergie et efficacité l’alimentation bio, devenant ainsi un acteur essentiel de la restructuration de la filière agroalimentaire française. C’est dire si la prise en compte du risque, et donc l’assurance, joue comme toujours, ce rôle si important dans le développement économique et la qualité de vie.

Ce rôle est encore plus vivant dans l’industrie spatiale. Nous sommes, à juste titre, fiers de la technologie française, fer de lance de l’industrie européenne dans ce domaine, mais rien n’eût été possible si ce secteur d’activité ne s’était pas appuyé sur des techniques d’assurance sophistiquées et essentielles, et nous avons réuni là les contributions de bien des acteurs qui gèrent tant les lanceurs que les satellites. Nul doute que dans la compétition féroce qui est en train de s’ouvrir entre les deux rives de l’Atlantique, le rôle de l’assurance sera essentiel. Nous étions fiers du spatial, peut-être un peu moins de l’importance des retraites par capitalisation dans notre pays, parce que chacun sait que les fonds de pension sous toutes leurs formes possibles et imaginables, sont une source de financement de l’économie éprouvée. Bien entendu, il n’est pas question de revenir dans ce débat stérile entre répartition et capitalisation, puisque tout observateur sérieux sait que la répartition restera au cœur de notre dispositif. Il n’empêche, il y a de la retraite par capitalisation dans notre pays – chacun connaît Préfon, le Perco, le Fonds de réserve pour les retraites –, mais tout bien pesé elle ne représente qu’une partie infime des flux nécessaires aux équilibres dans l’avenir. C’est à une description fouillée et passionnante que se sont livrés les auteurs. Il ne nous reste plus qu’à imaginer les voies et moyens pour renforcer ce stabilisateur de nos retraites et cette épargne, source d’investissement à long terme.

Enfin, comme toujours, Risques a organisé un débat qui traite des réformes de l’assurance maladie et qui rappelle à chacun que si notre système de soins est reconnu comme excellent, il n’en existe pas moins de nombreuses formes de gaspillage, et c’est à cela que toute réforme doit s’atteler.

Ce numéro était dédié au sujet majeur des transformations et réformes de la société française, qu’il s’agisse des réseaux de distribution, de la défense de secteurs d’activité industriels d’excellence, des réformes de retraite ou de santé. Ce sont des thèmes qui sont incontournables et dont la conscience du risque et les formes diverses de mutualisation, parfois renouvelées, sont au cœur de notre réflexion.