Risques, pour la première fois, se confronte sans la moindre réticence au monde actuel tel qu’il est avec ses contraintes, ses violences, ses incertitudes. Tout dans ce numéro si passionnant va crescendo. L’interview de Jacques Richier porte sur bien des thèmes des transformations extrêmement rapides et extrêmement fortes auxquelles l’assurance est soumise, mais c’est évidemment le choc numérique qui dès aujourd’hui bouleverse profondément le paysage de l’assurance. Ce grand spécialiste de l’ensemble des métiers de l’assurance nous éclaire sur l’avenir prévisible et nous donne les clés d’une gestion maîtrisée de ces transformations.

Et puis nous nous sommes interrogés sur le sujet si sensible des matières premières, et notamment de leur prix. L’économie mondiale est soumise depuis quelques années à une évolution baissière de ces marchés. L’histoire économique du monde a déjà connu ce type de mouvements mais rarement avec une telle ampleur et sur une durée aussi longue. On imagine sans peine à quel point les pays producteurs sont frappés de ce fait dans leurs équilibres financiers, budgétaires et sociaux. Chacun a en tête l’impact que la plongée du prix du pétrole a pu avoir sur des pays aussi fragiles que le Nigéria, l’Algérie ou la Russie. Mais la question aujourd’hui revient lancinante : peut-on imaginer des formes de régulation et de stabilisation de ces marchés de matières premières qui permettraient au monde d’avoir à nouveau une perspective positive pour son développement ? Si le mot « risque » prend tout son sens, c’est bien dans cet univers si complexe. Nous avons essayé d’imaginer le rôle que pourraient y jouer des dispositifs d’assurance qui sont potentiellement à l’heure actuelle les seuls facteurs de stabilisation et de lutte contre l’incertitude et la volatilité.

Mais, la poursuite de cette plongée dans un monde aujourd’hui si perturbé prend définitivement sens lorsque l’on aborde la dimension politique et que l’on appréhende les conséquences que ces chocs multiples peuvent avoir sur l’électorat de nos sociétés. Oui, nous sommes dans un ralentissement de l’économie mondiale qui ne devrait guère s’arrêter dans les années qui viennent. Oui, les classes moyennes des pays développés en sont les premières victimes. Oui, la pauvreté extrême d’un certain nombre de pays pousse beaucoup de femmes et d’hommes à tenter de survivre et à constituer ces colonnes de migrants si nombreux et si démunis. Oui, tout cela conduit à des formes de radicalisation religieuse et à toutes les pulsions de populisme. Nous vivons une période très particulière dans laquelle se renforce le risque dans toutes ses exceptions. Et ô paradoxe, au moment même où nous avons créé une nouvelle forme de gouvernance mondiale, nous sommes confrontés en réalité à une multiplicité de conflits internes et externes, porteurs de risques majeurs.

Heureusement, ces soubresauts ne sont pas définitifs. La raison peut partout l’emporter. C’est alors que la gestion des risques prend toute sa signification et son importance. L’assurance, qui en est le vecteur principal, peut nous aider à dépasser ces moments difficiles. Mais il faut d’abord disposer de diagnostics approfondis sur la situation actuelle. C’est ce que ce numéro de Risques a tenté de faire.