La position de la société vis-à-vis des troubles addictifs a beaucoup évolué ces dernières années ; progressivement, la prise de conscience du caractère pathologique de ces dépendances a permis le développement de prises en charge mieux adaptées. Le débat récent sur les « salles de shoot » en est une parfaite illustration.

La rubrique « Risques et solutions » de ce numéro est consacrée aux addictions qui ne sont pas causées par une substance, telles celles liées au jeu ou à un engagement excessif dans le travail.

Ces pathologies ne sont pas nouvelles ; sans remonter à l’Antiquité, le roman de Dostoïevski donne une bonne description de ces troubles. Pour autant, il nous a semblé légitime d’analyser ces addictions qui posent des questions complexes : sur la nature des traitements curatifs, la stratégie des pouvoirs publics en matière de règlementation, les modes d’organisation et de gestion des personnes en vigueur dans les entreprises. Nous verrons également que l’étude de ces pathologies nous ouvre des pistes pour mieux comprendre certains des mécanismes de décision face à un choix risqué.

Une première série d’articles décrit le phénomène des addictions sans consommation d’une substance

La rubrique s’ouvre avec l’article de Jean-Michel Costes, qui dresse un panorama précis des pratiques de jeux et d’argent en France, en s’appuyant entre autres sur une enquête récente de l’INPES. Il identifie les trois familles de facteurs de vulnérabilité face au jeu problématique : facteurs structurels (la nature même du jeu), facteurs socioculturels et facteurs individuels.

Charles Coppolani présente les activités de l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), qui cherche à développer des pratiques de jeu responsable. L’Arjel organise des actions autour de quatre principes clés : responsabilisation préalable des joueurs, approche complète qui englobe les jeux en ligne et les autres, lutte contre l’offre illégale, consolidation des données des opérateurs.

Marc Valleur adopte le point de vue du clinicien pour confirmer que les addictions sans produit sont considérées comme aussi dangereuses que celles liées aux drogues. S’agissant des joueurs à problème, l’auteur prône une classification en trois catégories : joueurs conditionnés par leur histoire, une vulnérabilité aux émotions, et enfin les antisociaux impulsifs qui aiment le risque et la transgression.

L’article de Gotcha est le témoignage d’un joueur de poker repenti. Il montre que la pratique du poker professionnel suppose une approche rationnelle du jeu, mais ne peut prospérer que parce qu’il y a des joueurs irrationnels (les perdants). Une des difficultés est la raréfaction progressive de ces perdants, qui rend la pratique professionnelle du poker de plus en plus compétitive.

Enfin, cette première partie de la rubrique se clôt par l’article d’Alain Bouellat sur le risque d’addiction au travail, ou « burn-out ». Par-delà des questions de définition qui ne sont pas toujours précises, il est clair que le traitement suppose à la fois une prise en charge individuelle du malade et une plus grande responsabilisation de l’entreprise par rapport à ses modes d’organisation et de management.

La seconde partie de la rubrique s’attache à une analyse économique des addictions.

Pierre-Charles Pradier et Raphaël Scemama étudient des jeux d’argent du point de vue de pouvoir politique, et plus particulièrement l’arbitrage entre revenus fiscaux issus des jeux et coûts de leurs effets néfastes.

L’analyse coûts/bénéfices est assez largement employée pour étudier la consommation de drogues et l’article de Sophie Massin l’applique aux addictions sans produit pour en montrer l’intérêt mais aussi les limites.

Enfin, Christian Schmidt utilise l’apport des neurosciences pour analyser les mécanismes présents dans les phénomènes d’addiction aux jeux. Cet éclairage, particulièrement intéressant sur le plan thérapeutique, apporte également des éléments de compréhension sur les mécanismes de décision face à un choix risqué.