La protection sociale est au cœur du débat et de tous les débats. D’un côté, la panne de croissance sur fond de crise de la dette remet en cause le montant des financements publics ou quasi publics de la protection sociale ; de l’autre, la crise de la croissance provoque des déficits des régimes, une montée du chômage et des besoins accrus de protection. Dans ce contexte, un débat très important sur la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés est lancé. Par ailleurs, les pays européens frappés par la crise se sont lancés avec plus ou moins de bonheur dans des modifications souvent brutales et radicales de la protection sociale pour soulager les finances publiques.

Dans ce débat si vif, Jacques Pelletan et Alain Villemeur apportent une analyse solide et documentée des gains de croissance liés à la protection sociale dans au moins deux domaines où les bénéfices individuels et collectifs sont démontrés : celui de l’organisation de l’éducation des très jeunes enfants et celui de l’organisation du travail des séniors.

« Compétitivité des entreprises et protection sociale » reste le thème de François Ecalle qui rappelle que les dépenses de protection sociale sont en soi d’un effet neutre sur la productivité des entreprises, tout dépend de leur utilisation. Si la dépense publique est efficace, elle accroît la productivité des entreprises. Cette efficacité doit s’analyser par rapport au volume d’épargne que devraient dégager les salariés pour retrouver une couverture équivalente de leurs risques. Réorienter les dépenses publiques de protection sociale est donc un objectif prioritaire dans les années qui viennent.

Didier Bazzocchi et Marianne Binst défendent une approche originale en France, celle de la gestion du risque. Dans la mesure où les tarifs des soins sont moins encadrés et moins couverts par l’assureur public, il est nécessaire de mettre en place une gestion du risque qui permette à l’assureur complémentaire de trouver une complicité avec son client pour des soins de meilleure qualité à des tarifs raisonnables. Quelles que soient les évolutions du système de protection sociale en France, tout le monde s’accorde sur l’importance pratique et économique de ce nouveau métier.

Eric Demolli et Rova Rakotoarson analysent les tendances dans la gestion du risque santé et les modélisations de ce risque dans les contrats collectifs. La progression des modèles et des techniques de data mining est très rapide et permet de penser qu’il y a là un véritable gisement d’économies substantielles pour les entreprises et les salariés. La gestion du risque est aussi un sujet pour l’assureur public, notamment dans la prise en charge des affections de longue durée.

Mathias Matallah revient sur les engagements de la loi de 2004 et montre comment l’expérimentation Sophia, destinée aux diabétiques, permet d’envisager une véritable politique de gestion du risque de la Sécurité sociale.

Christine Chevallier et Anthony Miloudi reviennent sur le risque de longévité qui est différent de celui de vieillissement, ce risque de longévité qui pèse sur les opérateurs viagers comme sur les organismes de protection sociale.

Il est possible de transférer une partie de ce risque aux marchés financiers, en structurant des émissions d’obligations de longévité, lesquelles permettraient de stabiliser les engagements viagers et de les rendre plus fluides.