Jamais un numéro de Risques n’a autant reflété, tant sur le plan symbolique que sur le plan réel, la complexité du monde dans lequel nous vivons. Tout y est : à la fois l’allégorie de la tempête, mais aussi la fabuleuse histoire d’un grand patron de l’assurance dont le parcours professionnel a tissé un lien exceptionnel entre l’Europe occidentale, l’Afrique, la Grande-Bretagne et le reste du monde – je veux bien sûr parler de Tidjane Thiam ; et puis ce rêve inaccessible, du moins à ce jour, que représente l’actif sans risque, objet d’un dossier particulièrement riche par ses angles de vues.

Je ne suis pas sûr qu’en élaborant le sommaire de ce numéro nous ayons eu conscience de la cohérence de ces thèmes si différents. Prudential représente sans doute l’exemple le plus frappant du choix délibéré d’une société d’assurance au prestige presque inégalé de rompre, du moins sur le plan des marchés, avec la terre natale et de se développer dans les pays émergents avec les résultats que l’on sait. Belle histoire d’un projet médité, puis mis en œuvre avec cette capacité qu’ont toujours eue les grands acteurs britanniques de se projeter dans le reste du monde sans pour autant perdre l’essence même de leur talent ; c’est-à-dire le goût sans pareil du commerce et de la méthode. On pourrait oser une analogie avec les tempêtes : là aussi on rejoint une géographie qui nous est devenue proche ; et si les tempêtes européennes sont particulières, leur traitement assuranciel l’est tout autant.

Enfin, nous abordons une géographie virtuelle, explorée dans onze contributions, relative à cet objet mythique qu’est l’actif sans risque. Virtuelle, car nul ne sait si l’actif sans risque existe réellement. On pourrait même penser à la fin de la lecture de notre dossier que tel n’est pas le cas ; et pourtant le monde, l’économie et la finance ont absolument besoin de cette référence pour comparer, analyser et gérer l’ensemble des actifs mondiaux. Derrière cette question, qui pourrait apparaître quelque peu abstraite, il y a la nécessité de permettre le financement harmonieux de l’économie mondiale, car il s’agit de canaliser les flux d’investissement vers des actifs très divers ; et de souligner à quel point la question est vitale dans un monde en crise. Alors nous aurons retrouvé notre géographie réelle, sa boussole et une manière simplement de nous diriger.