Risques n° 127

Septembre 2021

N° ISBN : 978-2-35588-098-8

Risques et solutions – La prévention en santé

Mathilde Viennot, La prévention, ou une approche soutenable des politiques de santé

Notre système de santé, hérité d’un modèle curatif et institutionnel issu des années 1970, n’a aujourd’hui pas la capacité de mener une politique de prévention ambitieuse. Bloqué dans une logique annuelle et comptable, il peine à prendre en compte les enjeux d’inégalités de santé, de gradient social de santé, ou de santé-environnement, sujets pourtant indispensables à un modèle de santé publique soutenable.

Morgane Plantier et Jean-Louis Rullière, Liberté et engagement : la relation contrariée entre prévention et assurance

L’actualité récente relative à la crise sanitaire place la question de la relation entre la liberté et l’engagement individuels au cœur du débat public, comme en témoignent les discussions autour de l’obligation vaccinale. Si le scénario d’une obligation vaccinale généralisée reste pour l’instant exclu des mesures adoptées, il a pourtant été évoqué, notamment en raison des avantages évidents qu’il présente en termes de gestion des risques. Au-delà du débat moral concernant la question des libertés individuelles, une telle mesure est-elle efficace compte tenu des coûts de contrôle qu’elle ne manquerait pas de susciter ?

Isabelle Hébert, Quel chemin pour une prévention du XXIe siècle ?

Dans la tourmente de la pandémie de Covid-19, ne doit-on pas aujourd’hui réinventer la prévention ? En s’inspirant des pratiques internationales, en repensant les enjeux data/digital/humain au service de la santé, en s’appuyant sur des dynamiques de communauté, en capitalisant sur de nouveaux lieux et horizons de prévention (la maison, l’école, l’entreprise…), inventons une nouvelle vision holistique de la gestion du capital santé en fédérant acteurs et énergies nouvelles.

Laurent Borella et Anne-Sophie Godon-Rensonnet, La prévention au service d’une approche globale de la santé

La prévention occupe une place encore trop limitée dans le système de santé. Face à ce constat qui fait consensus depuis plusieurs années, les Français attendent un renforcement des actions de prévention. Assureur santé et prévoyance, Malakoff Humanis s’est saisi depuis longtemps de cet enjeu, convaincu que pour améliorer la santé, il convient d’agir sur les déterminants de la santé dans le cadre d’une véritable stratégie de gestion du risque. C’est une stratégie gagnante à long terme pour les assurés et pour la société.

Didier Bazzocchi, Prévention : quel rôle pour l’assurance de santé en France ?

« L’Etat et le marché sont tous deux imparfaits, c’est pour ça qu’ils doivent collaborer » écrivait Joseph Stieglitz. Cet aphorisme s’applique particulièrement à la santé, qui n’est pas un marché comme les autres, avec ses déterminants sur lesquels on ne peut agir qu’en proximité, mais dans le cadre d’une politique globale de santé. En France, les rôles respectifs de l’Etat, de la Sécurité sociale et de l’assurance de santé doivent évoluer, afin d’offrir un meilleur niveau d’efficacité du financement, mais aussi de permettre l’émergence de stratégies de prévention personnalisées, désormais accessibles grâce aux technologies numériques.

Axel Zoma, La contribution de la protection sociale à la performance RSE des entreprises post-Covid

La crise sanitaire a sensiblement modifié l’équilibre entre la sphère privée et professionnelle. La corrélation entre organisation de l’activité des entreprises et mode de vie des salariés s’est révélée à un niveau insoupçonné. Les assurances collectives devront jouer un rôle important auprès des entreprises dans la prévention et la gestion des risques humains émergents de cette crise.

Analyses et défis – Epargne et investissement

Patrick Artus, Quelles perspectives pour les taux d’intérêt ?

La question de la perspective pour les taux d’intérêt dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est centrale. Depuis plus de vingt ans les comportements des ménages, des entreprises, des Etats, des fonds d’investissement, la valorisation des actifs se sont adaptés à la situation de taux d’intérêt très bas. Une remontée importante des taux d’intérêt imposerait le désendettement, donc générerait une contraction de la demande et une récession, ferait chuter les prix des actifs financiers et immobiliers, donc conduirait à une perte généralisée de solvabilité. Faut-il, en conséquence, craindre une remontée des taux d’intérêt ?

Laure Delahousse et Thomas Valli, Epargne et investissement : aller de l’avant

La crise de la Covid-19 a provoqué à la fois un choc violent d’offre et de demande. Il s’agit maintenant de répondre aux enjeux de demain, qu’ils soient environnementaux, sociaux, technologiques, stratégiques, par des offres compétitives via une reprise des investissements productifs et donc un renforcement des fonds propres des entreprises. En Europe, comme en France, les mesures engagées pour le développement de marchés de capitaux profonds et diversifiés et la mobilisation de l’épargne privée, des ménages et des institutionnels, vers les besoins de financement de la relance économique doivent se poursuivre et être amplifiées. Dans ce but, la protection des épargnants devra s’appuyer sur une nouvelle vision se concentrant sur leurs besoins réels et leur éducation financière. Les sociétés de gestion de portefeuille ont l’expertise pour diffuser ces capitaux à l’ensemble de l’économie en offrant aux épargnants des solutions d’épargne, mieux rémunérées, à orientation longue, diversifiée et durable.

Sylvie de Laguiche, Recapitaliser les entreprises avec l’épargne des Français, utopie ou réalité ?

En France, la crise de la Covid-19 a fortement accru l’épargne des particuliers, tandis qu’un manque de fonds propres équivalent est apparu chez les entreprises. Des personnalités citent un montant de 100 milliards d’euros. Peut-on faire se rencontrer ces deux besoins ? La principale difficulté provient des contraintes liées à une épargne de précaution qui doit pouvoir être mobilisée en cas de coup dur. Ceci suppose une sécurité et une liquidité a priori difficilement compatible avec la notion de fonds propres qui répondent, pour les entreprises, à un besoin de partage du risque et de stabilité dans le temps. L’Etat peut-il, au moyen de garanties, rendre compatibles ces besoins ? Que penser dans ce contexte, des prêts participatifs de relance (PPR) mis en place par le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance en avril 2021 ?

Mathilde Viennot, Epargne Covid, rebond et fiscalité du patrimoine

Depuis le début de la crise sanitaire en mars 2020, plus de 200 milliards d’euros d’épargne ont été accumulés par les Français. Or ils seraient bien utiles pour la relance s’ils étaient injectés dans l’économie. Les économistes de gauche comme Thomas Piketty proposent un impôt exceptionnel sur le patrimoine pour ponctionner cette épargne de façon juste et équitable. Pour Bruno Le Maire, il vaut mieux favoriser la transmission de cette épargne par héritage et ainsi favoriser les investissements directs dans l’économie. Pas très juste. Et même pas sûr que cela soutienne la relance.

Olivier Mareuse, Livret A, LDDS : une épargne liquide engagée à long terme

L’épargne financière des ménages a connu une croissance exceptionnelle avec la crise sanitaire de 2020-2021. Du fait de la préférence des Français pour la liquidité et dans un contexte particulier d’incertitude, ce surcroît d’épargne s’est porté majoritairement sur les supports les plus sûrs et les plus liquides, notamment le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS). La théorie voudrait que cette allocation soit peu efficace sur un plan macroéconomique. Pourtant, le modèle de transformation du fonds d’épargne de la CDC, qui centralise 59,5 % des dépôts des Livrets A et LDDS, permet d’assurer à partir de cette épargne entièrement liquide des emplois de long et très long terme, et ainsi de mobiliser l’épargne populaire au service de la relance.

Michel Didier, Des fonds à capital garanti pour faire face à la montée des besoins d’investissement

Après les effets stimulants de la distribution massive d’« argent magique », les prochaines années risquent d’être des années difficiles. La récession a amputé le revenu national. La résorption des déficits, qui est incontournable, fera peser une contrainte durable sur la dépense publique. Enfin, la montée des incertitudes – sanitaires, climatiques, internationales – incitera plutôt à des comportements prudents, peu favorables à la prise de risque. Or une vague d’investissement paraît nécessaire pour adapter l’économie au défi climatique, et de façon plus générale pour que dans le processus économique de destruction créatrice, les forces de création l’emportent sur les forces de destruction.

Marc-Philippe Juilliard, L’assurance vie-épargne en France : enfin l’âge de raison ?

Estimée à plus de 1 840 milliards d’euros, l’assurance vie représente un volume considérable d’épargne en France. Toutefois, celle-ci est largement investie en actifs liquides et non risqués alors même que l’horizon d’investissement des épargnants est lointain et que la rémunération servie connaît une baisse structurelle. Depuis 2020, une tendance se dessine en faveur de la prise de risque grâce à une plus grande maturité dans le comportement des épargnants et au lancement réussi du nouveau contrat Plan d’épargne retraite (PER). Ces développements laissent augurer d’une utilisation plus efficiente de cette épargne au plus grand bénéfice des parties prenantes et de l’économie de notre pays.

Nicolas Dubourg, Patricia Salomon et Nicolas Georghiou, Financement de l’économie, les assureurs au cœur des enjeux avec le FSP

Le Fonds stratégique de participations (FSP) est aujourd’hui un acteur reconnu pour sa contribution au dynamisme de la place. Il déploie, au bénéfice de sept sociétés d’assurance actionnaires, une stratégie d’investissement de long terme dans le capital d’entreprises françaises leaders dans leur domaine et indispensables pour notre économie. Investisseur engagé, le FSP entend contribuer aux transitions vers une croissance responsable et une création de valeur résolument durable.

Etudes et débats

Pierre Martin, La puissance française : une prise de risque ?

« Incertitudes françaises ». Tel est le titre que choisit Raymond Aron pour son article politique paru dans le premier numéro de Commentaires en 1978. On est tentés de reprendre le concept, qui s’oppose au risque, pour analyser la puissance de la France depuis 1914. La puissance désigne la capacité d’imposer (tout ou partie de) ses vues, par la persuasion ou le recours à la force. La France qui a ainsi connu « guerre, crise, guerre », mais aussi mondialisations et mutations de l’ordre du monde, assume-t-elle encore le risque de sa puissance ? A-t-elle (re)construit sa doctrine pour agir et peser, et même tout simplement sauvegarder son indépendance, son identité, sa « grammaire » dans un monde de moins en moins occidental et a fortiori moins hexagonal ? On essaiera ici, de façon très incomplète, de dégager quelques « caractères originaux de la puissance française » à l’aune d’un long XXe siècle (1914-2021), et de prises de risque liées à l’exercice de la puissance française.

Arthur Charpentier, Assurance et discrimination, quel rôle pour les actuaires ?

Le rôle essentiel d’un actuaire en charge de la tarification est la segmentation du portefeuille (ou « insurance classification » en anglais), correspondant à une activité de discrimination (mathématiquement parlant) au sens où l’actuaire va chercher les variables les plus « discriminantes », pour en expliquer une autre (en lien avec la sinistralité). Mais au sens juridique, discriminer, c’est interdit par la loi, ce qui place l’actuaire dans une position souvent délicate et complexe.

Marie-Doha Besancenot et Viviana Mitrache, L’Etat providence, saison 2

Le coût de l’imprévoyance est défini comme la charge financière que subissent les ménages en cas d’accident ou d’aléa de la vie, et ce, par une insuffisance ou par l’absence de couverture de prévoyance complémentaire. Dans une société comme la France qui s’imagine surprotégée, et où les coûts de protection supplémentaires sont parfois vus comme des charges inutiles, cette approche est contre-intuitive. Pour autant, les sommes en jeu sont considérables, puisque la méthode que nous proposons fixe un coût de l’imprévoyance à près de 12 milliards d’euros par an. Mesurer le coût de l’imprévoyance permet de démontrer que la prévoyance complémentaire n’est pas assez diffusée pour protéger efficacement les familles contre les aléas de la vie et cette absence de protection peut expliquer une épargne de précaution excessive des ménages, laquelle creuse les inégalités et freine la croissance.

François-Xavier Albouy, Méthodologie pour une mesure du coût de l’imprévoyance

Le coût de l’imprévoyance est défini comme la charge financière que subissent les ménages en cas d’accident ou d’aléa de la vie, et ce, par une insuffisance ou par l’absence de couverture de prévoyance complémentaire. Dans une société comme la France qui s’imagine surprotégée, et où les coûts de protection supplémentaires sont parfois vus comme des charges inutiles, cette approche est contre-intuitive. Pour autant, les sommes en jeu sont considérables, puisque la méthode que nous proposons fixe un coût de l’imprévoyance à près de 12 milliards d’euros par an. Mesurer le coût de l’imprévoyance permet de démontrer que la prévoyance complémentaire n’est pas assez diffusée pour protéger efficacement les familles contre les aléas de la vie et cette absence de protection peut expliquer une épargne de précaution excessive des ménages, laquelle creuse les inégalités et freine la croissance.

Les débats de Risques

Arnaud Chneiweiss, Patrick Hugon, André-Charles Puech et Mathilde Viennot, Evolution des garanties prévoyance, réduire l’imprévoyance

Le 26 juillet 2021, la revue Risques organisait un débat autour de la prévoyance à partir des travaux de l’Observatoire de l’imprévoyance. Ce débat réunissait Arnaud Chneiweiss, médiateur de l’assurance, Patrick Hugon, directeur offres prévoyance du groupe VYV, Observatoire de l’imprévoyance, André-Charles Puech, directeur délégué assurance et protection financière du groupe VYV et Mathilde Viennot, économiste chez France Stratégie. Ce débat s’articule autour de l’article sur l’imprévoyance paru dans ce même numéro. Le débat était animé par François-Xavier Albouy, membre du comité éditorial de la revue Risques.

Actualité de la Fondation du risque

Julie Ing et Jean-Philippe Nicolaï, L’Etat doit-il conditionner le sauvetage des entreprises à des efforts environnementaux ?

Les aides publiques pour sauvegarder des entreprises en temps de crise suscitent souvent des débats à propos d’éventuelles contreparties. Le sauvetage de plusieurs grandes entreprises françaises en avril 2020, lors de la première vague de la Covid-19, a engendré beaucoup de polémiques. Des chercheurs ont étudié cette question dans une note qui apporte des éclairages aux pouvoirs publics.

Recension

Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur, La grande rupture par Daniel Zajdenweber