En ce début d’été, le sentiment général est celui des incertitudes, tant sur le plan politique, économique que sanitaire. Chacun s’interroge sur les trois questions fondamentales suivantes. Y aura-t-il vraiment un changement du modèle économique et social dans lequel nous vivons ? La France est-elle capable de retrouver cet élan perdu depuis une vingtaine d’années ? Et enfin, sommes-nous plongés dans une succession de ce que Nassim Nicholas Taleb appelle les « cygnes noirs » et dont notre pandémie actuelle est l’illustration la plus parfaite ?

Ce numéro de Risques dévoile une large partie de ces chocs imprévisibles, de ces réactions souvent irrationnelles et des risques nouveaux auxquels nous sommes aujourd’hui et serons demain confrontés. Nous plongeons tout de suite dans ces questions si difficiles. L’interview de Claudia Senik nous permet de comprendre à quel point nous devons être particulièrement attentifs aux réactions de la société française face à la pandémie. Selon la qualité de la perception qu’en ont les pouvoirs publics, on peut imaginer un véritable rebond ou la poursuite d’un déclassement. Une vérité s’impose, bien des domaines sont à repenser pour retrouver une forme d’optimisme collectif. Evidemment, parmi eux, l’organisation et le sens donné au travail seront vitaux.

Et puis, ce numéro appréhende une partie des thèmes qui montrent à quel point notre société est aujourd’hui fragile. Confrontée à des changements climatiques d’une ampleur insoupçonnée, l’assurance du risque agricole apparaît parfois insuffisante. Ensuite nous nous interrogeons sur le retour de l’inflation car nous savons à quel point cela joue sur la gestion des actifs et notamment sur le développement de l’assurance vie. Enfin, et c’était essentiel pour conclure ce panorama, nous avons eu un grand débat sur le risque du conflit intergénérationnel, car l’harmonie entre les générations sera peut-être le facteur déterminant de la trajectoire économique française des années à venir.

A travers tous ces exemples, pouvons-nous parler de changement de paradigme, ce que les économistes et les politiques adorent évoquer aujourd’hui ? Curiosité intellectuelle, c’est pourtant à un philosophe et historien des sciences, l’américain Thomas S. Kuhn, que l’on doit la nouvelle et originale définition de ce concept. Celui-ci n’est pas simple puisque l’auteur l’utilise de vingt et une façons différentes selon que le paradigme est de l’ordre métaphysique, sociologique ou pragmatique. Délicat donc de savoir si l’on va changer de paradigme. Néanmoins, c’est un chemin de traverse utile car il brise le clivage entre science et vie économique et sociale. Pourquoi utiliser ce concept ? Tout simplement parce qu’il nous permet de saisir ce qui se modifiera dans la perception et le traitement du risque. Nous sommes tous convaincus que l’un des éléments essentiels des transformations sera celui qui touche le secteur de l’assurance, lui donnant par là même un rôle central dans une société aussi troublée.