Risques n° 116

Décembre 2018

N° ISBN : 978-2-35588-085-08

Société – Au cœur de la réforme de la santé

Risques et solutions – Peut-on réguler les dépenses de santé ?

Daniel Zajdenweber, Introduction au dossier

Christine d’Autume, Les tendances des dépenses de santé

Les données sont largement connues et les débats qu’elles suscitent tout autant. La France consacre une part croissante de sa richesse au financement de la santé. Est-il souhaitable d’y remédier ? et peut-on le faire ?

François Ecalle, Dépenses de santé et contraintes des finances publiques

Si une forte croissance des dépenses de santé est justifiable, les sources d’inefficience sont nombreuses dans le système de santé, et d’importantes économies sont nécessaires car elles permettraient notamment de réduire le taux, trop élevé, des prélèvements obligatoires. Il est possible de limiter la croissance des dépenses d’assurance maladie en optimisant la production de soins, en tarifant mieux les biens et services médicaux, en ajustant le panier des soins remboursables et en réformant les modalités de remboursement des dépenses de santé.

Jean-Martin Cohen-Solal, Réorganiser le système de santé

Les dépenses de santé augmentent chaque année plus vite que la richesse nationale. S’il faut s’en réjouir, cet accroissement mérite d’être interrogé sous trois aspects : efficience, soutenabilité et confiance. Les mutuelles disposent de moyens pour maîtriser les dépenses et les restes à charge, à travers leurs établissements et les relations contractuelles qu’elles peuvent nouer avec les professionnels de santé. Une réforme plus globale mérite cependant d’être envisagée, pour sortir des faux débats autour des risques de « privatisation » du système de santé.

Didier Bazzocchi, Réformer le financement des dépenses de santé

La question du financement de la santé est plus que jamais posée. Comme cela a été maintes fois décrit, la croissance structurelle des dépenses de santé est provoquée par le progrès des techniques médicales, par le vieillissement de la population ainsi que par une demande de confort et de bien-être toujours plus importante et diversifiée. Tous ces facteurs ne sont pas près de se réduire, d’autant moins que la pression de la demande s’exerce dans un secteur des soins de santé dont la solvabilité est principalement garantie par la dépense collective, et donc sans véritable régulation de la demande comme de l’offre par les prix.

Pierre François, Limiter l’accroissement des dépenses de santé

Les dépenses de santé, entendues comme la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), représentent près de 200 milliards d’euros en 2017, soit près de 3 000 euros par habitant et 8,7 % du PIB, en croissance constante ces dernières années au-delà de l’inflation. Est-ce trop ? Faut-il s’efforcer de limiter cette croissance a priori ? Si oui, comment ? Nous allons tout d’abord nous attacher à décrire davantage la nature de ces dépenses et leur évolution au cours du temps pour mieux cerner les questions qui peuvent se poser. Nous suggérerons ensuite des pistes pour une meilleure maîtrise de ces dépenses et une répartition des rôles des différents intervenants.

Pierre-Yves Geoffard, L’économie des dépenses de santé

Les dépenses de santé n’ont cessé d’augmenter, mais on constate ces dernières années un infléchissement. Doit-on s’en réjouir ? Cette maîtrise des dépenses est-elle synonyme d’une meilleure efficience en matière de soins ?

Joël Ménard, L’hypertension artérielle, cas d’école de la prevention

Avec la crise pétrolière de 1974, surgissent en France les craintes sur la pérennité du système de protection sociale, dont l’équilibre financier n’est plus assuré. Une pression croissante est alors exercée sur les médecins, les administrateurs de l’hôpital public et privé et les industries de santé pour s’assurer que leur activité réponde strictement aux besoins de santé réels de la population sans trop refléter d’avantages catégoriels. Pour parvenir à cet objectif, il faut maîtriser simultanément deux paramètres : la généralisation de la protection sociale et la qualité des soins individuels. Si s’adapter à l’un ou à l’autre ne pose pas de difficulté, concilier les deux en même temps relève de la gageure. À travers l’exemple de l’hypertension artérielle, vue de 1950 à 2050, nous analyserons les mécanismes d’adaptation de l’offre de soins et de ses coûts aux progrès scientifiques et aux changements de société. Nous retracerons pour cela, après quelques considérations sur la médecine idéale, l’évolution de la recherche, des recommandations et des traitements concernant cette pathologie de 1950 à nos jours, puis nous évoquerons plus spécifiquement les facteurs de la hausse des coûts de prise en charge en France à partir du milieu des années 1980, avant d’envisager quelques pistes de progrès qui pourraient contribuer à orienter la prévention dans les prochaines années.

François-Xavier Albouy, L’urgence d’une stratégie d’assurance santé en Afrique

L’Afrique représente, à l’échelle mondiale, 16 % de la population et 25 % de la charge de la morbidité, et plus de la moitié des morts maternelles et infantiles périnatales, avec 3 % des personnels de santé. L’Afrique est la région du monde la plus éloignée des objectifs du millénaire, et les conditions de santé publique y sont souvent très mauvaises. Cette situation endémique, qui mobilise les agences internationales, les ONG et les volontaires de services de santé, laisse assez indifférents les assureurs publics, privés et mutualistes, alors même que nous savons aujourd’hui, comme le prouvent les succès de cinq pays africains, que le seul problème à régler est celui d’un système de gestion du risque santé, compatible avec les efforts de financement.

Analyses et défis – Assiste-t-on à un ralentissement de l’espérance de vie ?

Pierre-Charles Pradier, Introduction au dossier

François-Xavier Albouy, Le Japon ? une société confrontée au vieillissement brutal

L’extrême sensibilité de l’indicateur d’espérance de vie aux conditions sociales et économiques est connue. Elle vient nous rappeler que le temps de la démographie n’est pas aussi long que nous voulons le croire. Très vite, des modifications dans les conditions de vie ont des impacts sur la mortalité et les naissances. Ainsi, ce qui doit nous intéresser dans la progression de l’espérance de vie, surtout si elle nous semble plafonner, ce sont les conditions de bien-être mises en place dans une société du vieillissement où coexistent quatre à cinq générations et où près d’un quart de la population passe environ un tiers de sa vie à la retraite. L’exemple du Japon montre qu’il y a là un chantier prioritaire pour les politiques économiques et sociales.

Hippolyte d’Albis, Quel avenir pour l’espérance de vie ?

Cet article présente les recherches récentes sur l’évolution de la mortalité humaine, telle que synthétisée par l’espérance de vie. Il montre en particulier l’effet crucial de l’évolution de la mortalité aux grands âges.

Isabelle Albaret, États-Unis : crise des opioïdes et baisse de l’espérance de vie

Cette étude fait le point sur une crise sanitaire majeure aux États-Unis, crise dite des « opioïdes ». Passée sous silence dans les années 2000, elle fait désormais la une des grands quotidiens américains. Les coupables ? La Food and Drug Administration (FDA) qui a laissé les grands laboratoires pharmaceutiques commercialiser à tout va et les médecins prescrire à outrance des médicaments antidouleur à base d’opiacés semi-synthétiques. Aussi addictives que l’héroïne, ces pilules ravagent la population blanche de la Rust Belt où les overdoses se comptent par dizaines de milliers. Aujourd’hui, la crise a pris une nouvelle dimension avec l’arrivée de ce tueur qu’est le fentanyl sur le marché de la drogue. Comtés, États, État fédéral sont pour l’instant incapables d’enrayer cette crise sanitaire dont on connaît désormais les très graves conséquences humaines, sociales et économiques, et, en premier lieu, la baisse de l’espérance de vie. Portrait d’une Amérique au plus loin de l’image caricaturale de la Silicon Valley.

André Renaudin, Prévention et espérance de vie en bonne santé

Si l’espérance de vie s’améliore chaque année en France, l’espérance de vie en bonne santé stagne depuis dix ans. Pour un assureur santé, cette évolution est préjudiciable. La préservation du capital santé de ses assurés âgés est donc indispensable. Cet article cherche à montrer à quelles conditions et grâce à quels acteurs des mesures de prévention peuvent être mises en œuvre pour améliorer l’espérance de vie en bonne santé, en les illustrant par l’expérience d’AG2R La Mondiale.

Pierre Pestieau et Grégory Ponthière, Espérance de vie et prévention des risques liés au vieillissement

Cet article analyse les principaux risques liés au vieillissement et les moyens de les prévenir. Ces risques sont ceux d’une vie trop longue et non financée, de la maladie, d’une perte d’autonomie, de maltraitance institutionnelle ou familiale et enfin d’impécuniosité.

Etudes et débats

Pierre Martin, Le risque de dévalorisation

« Le principe explicatif central de tout système de théorie économique est toujours une théorie de la valeur » estimait à juste titre Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950). L’économiste autrichien pensait sans nul doute à la « création » de valeur. Mais Schumpeter est également l’inventeur du concept de « destruction créatrice ». Pour lui, la dévalorisation des innovations majeures coïncide avec la valorisation d’innovations radicales porteuses de valeur. La dévalorisation désigne initialement « la diminution de la valeur d’échange d’une monnaie, d’un produit » et « la perte de valeur, de crédit d’efficacité ». Nous nous intéresserons ici à la dévalorisation, à la perte de valeur, qu’il s’agisse d’actifs financiers ou d’actifs tout court (population active). Somme toute, en quoi le risque de dévalorisation participe-t-il d’une remise en cause mais aussi, paradoxalement et douloureusement, d’une remise en selle du processus de création de valeur ?

Arthur Charpentier, Histoire du hasard et de la simulation

Entendre « il y a 10 % de chance de pluie aujourd’hui » ou « le test médical a une valeur prédictive positive de 75 % » montre que les probabilités sont aujourd’hui partout. Une probabilité est une grandeur difficile à appréhender, mais incontournable quand on cherche à théoriser et mesurer le hasard. Et si la théorie mathématique est finalement arrivée très tard, comme le rappelle Hacking [2006], cela n’a pas empêché l’assurance de se développer assez tôt, et d’avoir les premières tables (actuarielles) de mortalité avant même que la « probabilité de décès » ou « l’espérance de vie » n’ait de fondement mathématique. Et de la même manière, de nombreuses techniques ont été inventées pour « générer du hasard », avant l’explosion des méthodes dites de Monte-Carlo, en parallèle avec le développement de l’informatique (et du fait qu’une machine pouvait générer du hasard).

Jean-Paul Betbèze, Romer et Nordhaus : deux Nobel qui veulent moins de risques à long terme !

William Nordhaus pour le climat, et Paul Romer pour l’innovation, se partagent le Nobel d’économie 2018. Pour eux, des risques macroéconomiques majeurs naissent quand le système économique, avec ses boucles d’action-réaction, se dérègle ou ne fonctionne pas au mieux ; se dérègle avec le réchauffement climatique, ne fonctionne pas au mieux avec une sous-utilisation des innovations. Réchauffement avec sécheresse, montée des eaux et ouragans, manque et sous-utilisation d’innovations donnent moins de croissance, plus de chômage et de risques sociaux et financiers. Il faut donc intervenir et guider, pour soutenir la croissance à terme.

Actualité de la Fondation du risque

Patricia Crifo, La RSE est-elle rentable pour les entreprises ?

Si l’essor de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) s’inscrit dans la bonne direction, ses conséquences positives sur les performances économiques ne font pas l’objet d’un consensus clair dans la littérature académique. Des chercheurs apportent de nouveaux éclairages sur cette problématique ô combien importante.

Recensions

Bertrand Blancheton et Hubert Bonin, Crises et batailles boursières en France aux XXe et XXIe siècles
par Pierre Martin
Christian Gollier, Ethical Asset Valuation and the Good Society par Daniel Zajdenweber