Cette année 2017 s’achève dans un climat apparemment apaisé, où même les agitations de certains dirigeants politiques n’effraient plus, ou, plus exactement, donnent le sentiment que tout ceci n’aura pas d’impact à court terme. Certes, il est légitime de penser que la conjoncture mondiale a retrouvé une trajectoire satisfaisante, qu’aucun événement majeur ne viendra la perturber dans les mois qui viennent, pas plus une hausse brutale du prix du pétrole que les taux d’intérêt à long terme. D’une certaine manière, personne n’a la naïveté d’imaginer un monde sans risque mais l’on peut dire que nous avons les uns et les autres la perception d’une accalmie, d’une croissance en faux plat, et d’un sentiment diffus que le monde pourrait retrouver des perspectives plus satisfaisantes pour les années à venir.

Mais bien évidemment, c’est le moment où il faut se pencher sur ces risques à venir, sur ces transformations du monde, sur les bouleversements de l’économie mondiale, sur les changements sociaux que connaissent nos sociétés et tout particulièrement la société française. Ce numéro est dédié à cela. Certes, nous n’avons pas traité de tout ce qui modifiera nos comportements individuels et collectifs : le fonctionnement des marchés, les transformations structurelles liées aussi bien à la démographie qu’aux chocs environnementaux. Nous nous sommes concentrés sur quelques thèmes qui nous paraissent aujourd’hui au cœur des interrogations et des espoirs de notre pays.

Nul mieux que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ne pouvait évoquer les réformes à mener, et c’est ce qu’il développe tant sur le plan de l’absolue nécessité de modifier le fonctionnement des marchés et notamment celui du travail, que dans le secteur où les assureurs sont des acteurs majeurs, c’est-à-dire le financement de l’économie. Et il évoque à juste titre la réforme fiscale en cours sur les revenus de l’épargne, mais également la nécessité de développer des produits de retraite supplémentaire. Ensuite, nous avons considéré qu’il fallait s’interroger sur les risques que comportent les changements intervenus sur la scène mondiale. Ceci est particulièrement vrai de la supply chain, chaîne d’approvisionnement qui a structuré depuis vingt ans le système productif mondial et qui pourrait être mise en péril par tel ou tel bouleversement géostratégique. Peut-on assurer ce risque ? C’est bien des éléments de réponse à cette question difficile que ce dossier est consacré. La question des conséquences du Brexit qui fait l’objet du second dossier est tout aussi importante. Car derrière cet événement si imprévisible apparaissent toutes les interrogations sur la poursuite de la globalisation financière et commerciale, et sur les remises en cause partielles ou plus systématiques que notre modèle économique mondial bâti il y a un demi-siècle pourrait connaître. Tout est incertain dans cette affaire mais il est certain que les places financières européennes, notamment Paris et les assureurs européens, pourraient bénéficier de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Et puis nous avons aussi évoqué cette incertitude majeure que représente le développement de la dépendance et dont nul ne sait aujourd’hui dans un pays comme le nôtre, comment elle pourra être financée. Ce numéro conjugue les termes de risque et d’incertitude. Ce moment de grand calme que nous vivons est évidemment particulièrement favorable aux types de réflexions développées dans ce numéro de Risques.