Risques, se lance dans la science-fiction. Nous nous sommes plongés volontairement dans un univers à la Stephen King, Greg Egan ou Maxime Chattam, cherchant à la fois à imaginer ce que pourrait être un avenir redessiné par des révolutions énergétiques, biologiques et économiques, et à percevoir les risques nouveaux que ces bouleversements pourraient créer. C’est une tâche difficile, mais au fond naturelle, au moment où chacun a du mal à comprendre l’instant et à imaginer le lendemain de manière évidente. On saute les étapes et on tente d’esquisser les contours d’un avenir radicalement différent. Quelle interview passionnante que celle de Bernard Bigot lorsqu’il décrit ce que pourrait être, avec Iter, la production d’immenses quantités d’énergie de fusion. Ce projet Iter, chacun s’en souvient, fut l’objet d’une compétition farouche à l’échelle mondiale parce que l’investissement associé à des équipements extrêmement importants donnait le sentiment que le territoire gagnant serait au cœur de la révolution énergétique. Le paradoxe est que tout ceci n’aura pas de débouchés industriels avant une quarantaine d’années, et donc, que la route est encore bien longue avant d’atteindre des résultats opérationnels. Mais, il n’empêche, le choix de la France comme terre d’accueil fut à l’époque une nouvelle très positive et est, en réalité, un atout exceptionnel pour notre pays à moyen terme. Le second élément paradoxal de cette démarche, c’est qu’elle débouche, contrairement à la production de l’énergie nucléaire, sur des procédés sans le moindre risque et, évidemment, sans les lourds inconvénients des énergies fossiles.

Changement de décor, et pourtant là aussi, une plongée dans le monde de demain. Nous nous sommes souvent interrogés dans notre revue sur le développement des pandémies de manière générale, mais jamais sur celles liées aux technologies génétiques, qui sont, aujourd’hui, sujet d’interrogations et de peurs. En réalité, les risques biologiques ont deux caractéristiques : d’une part, ils sont mal connus, difficilement identifiables, et d’autre part, ils sont associés à l’idée d’un monde non régulé, où les expérimentations pourraient prendre des formes difficilement compatibles avec notre éthique. C’est donc une version de l’avenir plus inquiétante et plus porteuse d’incertitudes et de difficultés à comprendre et à réguler.

Même chose pour ce troisième volet de notre voyage futuriste. Nous avons vécu depuis un demi-siècle avec l’idée solidement ancrée dans nos esprits que l’ouverture des frontières et la libération des flux de capitaux et de marchandises constituaient le socle de la croissance économique. La progression vers une globalisation généralisée et définitive faisait partie de nos certitudes. Comme toujours, la ligne continue ne fut pas au rendez-vous et le monde connaît, dès maintenant, au minimum une inflexion et un ralentissement dans le développement de la mondialisation.

Comment tout cela peut-il influer sur le monde de l’assurance ? Mais surtout, celui-ci sera-t-il l’un des derniers remparts contre les tentations de protectionnisme et de fermeture sur soi ? Telle est la question que l’on peut légitimement se poser. Et à laquelle on peut légitimement répondre, en constatant que ce secteur a atteint un point d’équilibre entre le local et le mondial qu’il sera bien difficile de remettre en cause.

Trois domaines de chocs technologiques et économiques, trois domaines d’activités humaines attachées au développement du XXIe siècle et trois évolutions spécifiques lorsqu’elles sont, chacune, confrontées aux bouleversements d’aujourd’hui et de demain. C’est donc l’illustration de la diversité des risques dans l’avenir, et de l’extraordinaire disparité entre les évolutions de secteurs de l’activité humaine confrontée à ces risques d’aujourd’hui et de demain.