Ce numéro de Risques est une véritable plongée dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, centré à la fois sur l’idée de mondialisation, mais également de pays, de proximité, d’appartenance à un lieu. Depuis longtemps nous pensons que l’économie mondiale a connu trois phases successives depuis une trentaine d’années. La première fut celle d’un transfert d’activités des pays développés vers les pays émergents, cela au bénéfice du consommateur roi. Les conséquences en furent comme toujours bénéfiques pour un grand nombre – notamment les classes moyennes des pays émergents qui se développèrent très rapidement –, et très difficiles pour d’autres, en particulier les travailleurs non qualifiés des pays développés. Et puis il y eut la crise financière de 2008 et l’apparition de deux utopies sympathiques, mais irréalistes, une gouvernance mondiale exercée par le G20 et la maîtrise du développement de la finance. Aujourd’hui, nous en sommes à une troisième phase très différente des précédentes, avec le ralentissement notable de la croissance mondiale et à des formes de mondialisation totalement nouvelles. Dans cette configuration, qui ne signifie en rien que l’internationalisation va cesser, les pays retrouvent un poids plus important que celui qu’ils avaient eu dans les trente dernières années. Et c’est de cela que nous traitons dans Risques, sous différents aspects.

Il y a tout d’abord l’interview de Marcel Gauchet qui traite des difficultés spécifiques à la France. Cette discussion, inspirée de son très beau livre Comprendre le malheur français, nous montre à quel point la France eut et continue à avoir une approche très défensive de la mondialisation. Pourquoi cela ? Vraisemblablement un manque de confiance en soi que l’on retrouve dans ce discours souvent surréaliste que nous avons sur nous-mêmes ; ce qu’on appelle le French bashing qui surprend tellement les étrangers. Ce qui est très intéressant, c’est le fait que la réflexion de Marcel Gauchet s’inscrive dans ce débat si particulier sur le déclin français, mais qui est au fond en rupture de cette tradition qui prédit l’effondrement de notre pays, et cela de Chateaubriand jusqu’à nos « déclinistes » actuels. Cela s’impose, le pays compte. Il est très largement déterminé par sa culture nationale. Et c’est pour cela qu’il est significatif de voir comment l’assurance prend en charge ce bien spécifique, si important et si vivant dans notre pays.

Autre rebondissement sur le fil conducteur de ce numéro, le risque pays, qui est une branche majeure de l’assurance. Peut-être qu’aujourd’hui, dans ce monde si perturbé en termes économiques comme en termes géostratégiques, le traitement de ce risque sera-t-il le plus innovant et l’un des plus dynamiques pour les assureurs et les réassureurs ? Le grand intérêt de cette approche des risques, c’est de constater à quel point ce risque est au cœur d’une conjoncture mondiale très différente de celle des dernières décennies et de voir, mais personne n’en sera surpris, à quel point l’assurance s’adapte à des situations inédites et redonne par exemple aux risques politiques un rôle et un traitement largement renouvelés.

La culture, elle, est également évoquée dans le débat mené entre éditeurs sur l’évolution du livre. Et là comme ailleurs, on découvre que les prédictions quelque peu simplistes se sont révélées inexactes. En réalité l’édition se porte relativement bien et n’est pas totalement annihilée par le développement du numérique, bien au contraire. Au fond, dans les domaines culturels, la tradition réinventée et la technologie font bon ménage, sans que cette dernière ne se substitue, par exemple dans le domaine du livre, à la version papier. Dans cette même partie « Études et débats », il est stimulant de voir qu’un historien évoque ce qu’est le risque ou la possibilité d’une stagnation de l’économie mondiale, et qu’il développe, à partir de cela, toutes les conséquences sur le mode de fonctionnement que notre société pourrait avoir.

Rarement, notre revue ne s’est confrontée avec autant de détermination, et dans un souci de cohérence forte, à la réalité de notre monde et de son évolution. Et comme toujours, l’approche à travers les risques encourus se révèle particulièrement féconde.