L’une des tendances fondamentales de l’économie mondiale, tous pays confondus, développés ou émergents, est l’urbanisation des populations. Les grandes villes sont de plus en plus peuplées et le concept de ville doit souvent faire place à celui de mégapole, dont le nombre d’habitants excède parfois les dix millions. Il ne s’agit pas d’une tendance récente, puisque la croissance des grandes villes s’est souvent faite par l’incorporation des villes de banlieue, comme à Paris au XIXe siècle. De même, à la fin du XIXe siècle, la distribution statistique des villes était déjà donnée en exemple de distribution extrêmement inégalitaire et concentrée, avec une métropole géante comme Londres accaparant l’essentiel des activités politiques, économiques, commerciales, financières et culturelles d’un pays.

Cette urbanisation galopante s’accompagne toujours d’une redistribution spatiale des strates sociales. Alors qu’au XIXe siècle à Paris, et ce jusque dans les années 1950, les riches et les pauvres habitaient des quartiers proches, voire les mêmes immeubles haussmanniens – les riches au deuxième étage, l’étage noble, les moins riches au-dessus jusqu’aux chambres de bonne au sixième étage (sans ascenseur) –, les villes modernes rejettent les populations les plus pauvres ou les moins aisées vers les périphéries de plus en plus éloignées du centre ou, au contraire comme dans certaines villes des États-Unis, les contraignent à habiter les quartiers centraux sinistrés, car les populations aisées, profitant d’une essence peu taxée, préfèrent les beaux espaces verts loin du centre. Ainsi, aux difficultés économiques engendrées par l’urbanisation, lourds investissements dans les transports collectifs ou les autoroutes urbaines, engorgement des grands axes de circulation, pollution de l’air, nuisances sonores, etc., s’ajoutent les difficultés sociales. Elles sont aggravées par l’éloignement des habitants de leur lieu de travail, coûteux en temps, en carburant et en fatigue tant physique que psychologique. De même, le relatif manque d’aménités des périphéries renforce l’attractivité du centre, ce qui ne manque pas d’augmenter le prix du foncier, chassant ainsi les habitants les moins riches vers les périphéries les plus éloignées.

Au moment où les élections régionales redéfinissent les contours des régions et les organes politiques qui en ont la responsabilité, les huit articles de la rubrique « Risques et solutions », presque tous centrés sur Paris et sa région, dite du Grand Paris, contribueront certainement à éclairer ceux qui auront à gérer les risques de cette région.

Les articles sont ordonnés. Les plus généraux d’abord, suivis par ceux qui traitent du Grand Paris puis par ceux consacrés à la ville de Paris proprement dite. Le géographe Renaud Le Goix présente une synthèse sur le phénomène de métropolisation et son étalement spatial. Laurent Davezies analyse une région particulière, la Plaine de France, qui connaît le meilleur du développement économique et de l’emploi et le pire du développement social et du chômage. Guy Marty analyse la gouvernance du Grand Paris tandis que Dominique Alba et Émilie Moreau traitent de la politique de la ville dans la ville de Paris. Gilles Saint-Paul décrit un phénomène typiquement parisien, la concentration des « bobos » dans certains quartiers centraux. Olivier Wild et Thomas Kerting abordent chacun les risques menaçant les villes et leur possible couverture assurancielle. Jacques Pelletan, enfin, analyse la sécurité dans la ville dans sa dimension criminelle et policière.