Ce numéro de Risques est dédié à l’assurance, ou plus exactement au formidable défi auquel elle est confrontée aujourd’hui. Pourquoi aujourd’hui ? Tout simplement parce que jamais le risque et sa gestion ne furent autant au cœur de l’évolution de la conjoncture mondiale.

Notre histoire récente se décompose en trois grandes périodes. La première, de 1995 à 2007, bouleverse les échanges et relations entre pays avancés et pays émergents. Cela se traduit par une délocalisation de l’activité massive, effectuée si rapidement qu’elle perturbe complètement les équilibres économiques et sociaux des pays avancés. Et puis par ailleurs, le développement d’une finance non contrôlée, qui entre autres, par l’augmentation des dettes publiques et privées permettra de maintenir de façon très artificielle le pouvoir d’achat et la consommation des classes moyennes des États-Unis et de l’Europe. Ensuite vient la crise, celle de 2007, déclenchée par un accident somme toute mineur, celui des subprimes. Et pendant cinq ans, le monde a fonctionné sur deux utopies. Celle d’une gouvernance mondiale enfin réalisée et celle d’une régulation de la finance. Aujourd’hui, nous avons enfin compris qu’il s’agissait de visions idylliques et peu réalistes, et nous allons pénétrer dans un monde nouveau avec une trajectoire de l’économie mondiale très différente de celle que nous avons connue, vraisemblablement avec une croissance positive mais ralentie. Et c’est là où le risque, sa gestion et donc l’assurance, joueront dans les années qui viennent un rôle essentiel.

Tout simplement parce que l’évolution du monde, et tout particulièrement celle des pays de l’OCDE, sera largement déterminée par le choc démographique, par le vieillissement. En disant cela, on se contente de dire que le moteur de la croissance, l’investissement, devra être financé par une épargne bien dirigée, bien utilisée. Or, cette épargne aujourd’hui est largement celle des seniors. Sa caractéristique est évidemment d’être peu portée au risque. Tout le rôle désormais des politiques économiques va consister à rassurer ces épargnants, à les inciter à prendre des risques et à imaginer des systèmes de répartition des risques entre le monde de la finance, le monde public et l’épargnant. Tâche redoutablement difficile, dont on voit qu’elle est très clairement entre les mains des assureurs et que ceux-ci en ont déjà bien pris la mesure, puisque un peu partout dans le monde, ils reprennent leurs habits d’investisseurs de long terme. C’est dire si la tâche qui les attend n’est pas simple.

Et ceci se produit au moment même où le secteur de l’assurance est confronté à des défis techniques nouveaux, celui du traitement des risques majeurs, dont on voit bien aujourd’hui qu’il prend une actualité nouvelle. Ceci concerne donc l’évaluation et le financement du risque, mais en même temps les réseaux de distribution sont évidemment totalement bouleversés par les impacts de la numérisation, en l’occurrence le rôle des réseaux sociaux. Et ceci doit se faire en respectant la confidentialité des données, la protection des individus et de leur vie personnelle. Ce qui a fait l’objet de notre entretien avec Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil. Nous rentrons dans une ère nouvelle, où tout ce secteur voit son rôle profondément bouleversé, les conditions même de l’exercice de ce métier sont également remises en cause. Beau défi, belles perspectives !