Les assureurs, soucieux de corriger l’image, trop répandue dans le public, du professionnel avide, prompt à toucher sa cotisation mais beaucoup moins à payer la réparation des sinistres subis par ses clients, déploient de plus en plus de campagnes mettant l’accent sur le rôle fondamental de l’assurance : réduire l’insécurité ; permettre à tous les acteurs de l’économie de conduire leur activité avec l’assurance (donc) qu’une catastrophe naturelle, économique ou sociale ne viendra pas soudainement réduire à leurs efforts à néant.

Cependant, la réparation financière partielle des conséquences de ces catastrophes est-elle le seul moyen dont dispose l’assurance pour remplir ce rôle ? Il serait trivial de le penser, et l’assurance est depuis ses origines fondée sur trois piliers : l’indemnisation pécuniaire des dommages ; la prévention des risques et des sinistres – c’est-à-dire l’ensemble des mesures qui tendent à réduire la survenance des événements ; et la protection – c’est-à-dire l’ensemble des mesures qui réduisent les conséquences négatives d’événements déjà survenus.

La présente rubrique va s’attacher à l’analyse de cas dans lesquels l’assurance ne se limite pas à son rôle de réparation financière de sinistres, et observera comment les assureurs, dans certains domaines, ont créé des pratiques qui dépassent le cadre purement indemnitaire. Ces dernières ont un impact positif non négligeable sur le résultat financier de leurs opérations, mais aussi sur leur perception par le public. En effet, cette création de valeur permet de lutter contre le risque, pour les produits d’assurance, d’être vus comme des produits financiers désincarnés et par conséquent banalisés, et rappelle que leur rôle premier est de procurer à tous le sentiment de sécurité indispensable à la conduite sereine de leur activité économique – et de leur quotidien.

Mais la notion de sentiment de sécurité est complexe et dépasse le seul champ de l’assurance. Cette rubrique analysera également dans sa conclusion, à travers l’exemple de la criminalité, comment une approche théorique peut nous aider à mieux comprendre la perception des risques par les agents économiques.

Trois articles illustrent les rapports étroits qu’entretient l’assurance avec la sécurité des biens et des personnes, qui consistent dans les mesures de prévention – parfois sophistiquées – proposées par les assureurs, l’assistance lors de la réalisation du sinistre mais aussi, et de façon connexe, le renforcement du sentiment de sécurité au sein de la population.

L’article d’Anthony Fienberg présente les caractéristiques de l’assurance rançon et kidnapping en montrant l’apport de ces garanties et des services associés aux entreprises et à leurs dirigeants.

Michel Dupuydauby traite ensuite des rapports entre sécurité des soins médicaux et assurance. Cette question est en effet rendue extrêmement complexe par les attentes croissantes des patients, la multiplicité des intervenants dans la chaîne médicale, et des enjeux financiers colossaux. Dans ce contexte, l’assurance – et tout particulièrement l’assurance responsabilité médicale – contribue positivement à l’amélioration des risques associés aux actes de soin.

Enfin, Benoît Clair aborde la prévention dans le domaine de la gestion des risques professionnels. Il montre comment, depuis des décennies, les assureurs ont eu le souci d’évaluer les risques souscrits et donc, en premier lieu, les mesures de prévention et de protection de ces risques. Il faut souligner que ces efforts ont presque toujours été menés dans un cadre international et en étroite coopération avec les pouvoirs publics et les organismes en charge de la réglementation.

Deux articles traitent également de l’assurance du terrorisme.

Erwann Michel-Kerjan étudie en effet les questions de l’assurabilité du risque terroriste et des mécanismes existants pour l’assurance de ce risque, développés dans la plupart des cas au travers de systèmes de partenariat public-privé. Afin de favoriser les échanges et les coopérations sur cette question, l’OCDE a d’ailleurs lancé une initiative visant à créer une plate-forme internationale de l’assurance du terrorisme qui verra le jour en 2011.

L’article de Jacques Deparis analyse quant à lui les solutions pratiques qui ont été mises en place sur le marché français pour couvrir les conséquences d’actes terroristes. Le Gareat, créé en 2002, s’appuie sur un partenariat public-privé qui permet d’offrir des garanties de très bonne qualité surtout en assurance dommages.

L’article de Laurent Cochet traite d’un aspect particulier de la sécurité, celle des expatriés. Il montre que l’éloignement géographique et social de cette population, de plus en plus nombreuse dans le contexte actuel de la mondialisation, requiert une gestion spécifique qui inclut la famille de l’expatrié, tant de la part des entreprises expatriant que de la part des assureurs et des mutuelles.

La rubrique se clôt enfin par deux articles de Jacques Pelletan qui présentent les apports de la théorie économique à l’analyse et à la compréhension des questions de sécurité. Le premier étudie la perception des risques par les agents économiques à partir du cas du risque de criminalité, et met en évidence un certain nombre de résultats particulièrement intéressants tant sur le plan théorique que pratique. Le second se penche sur le statut économique que l’on peut donner à la notion de sécurité, toujours en s’appuyant sur le risque de criminalité, cette première étape permettant par la suite d’avancer dans la définition d’une « politique de la sécurité ».