Risques n° 122

Juillet 2020

N° ISBN : 978-2-35588-092-6

Société – L’assurance au coeur du développement économique

Risques et solutions – L’assurance aviation en question

Corinne Cipière, Introduction

Pierre-Charles Pradier, Pour une histoire des assurances aériennes

Le vocabulaire de l’assurance aviation trahit des origines maritimes : ne parle-t-on pas d’assurance des corps pour les navires comme pour les aéronefs ? Mais l’analogie s’arrête à peu près là. Dès les années 1920, l’assurance aviation crée ses usages singuliers : alors que le droit de la mer s’était imposé aux États modernes, ceux-ci ont pris en main résolument le droit du transport aérien, et en particulier la définition des responsabilités qui conditionne les formes de l’assurance. La certification des avions est un sous-produit de ce processus, elle s’avère tout à fait novatrice en comparaison des usages maritimes. Enfin, la répartition des primes et des montants d’indemnisation entre les garanties est bien différente dans l’assurance aérienne de ce qu’elle est en matière maritime. Après une introduction assez événementielle, nous développerons ces trois points.

Jean-Marie Petit, De conducteur d’engins à chef d’entreprise

Cet article décrit la gestion quotidienne assumée par un pilote et son évolution en termes de risques, de nouvelles technologies, de pilotage, de formation et de fatigue. Il reflète le contenu de différents entretiens avec des pilotes d’hélicoptère et des commandants de bord de vols long et moyen-courriers. Ce collectif d’auteurs experts en aéronautique a souhaité vous faire partager – au travers de quelques lignes – la passion et la satisfaction d’exercer ce métier dans un contexte de confiance et de sécurité.

Christophe Graber, L’assurance aviation : vous avez dit « volatile » ?

Ce qui vole aurait-il une tendance inéluctable à être volatil ? Les assureurs aviation, pour leur part, doivent tenter de s’adapter à la volatilité (imprévisibilité ?) extrême des sinistres engendrés par le secteur (opérateurs d’aéronefs et constructeurs) ou disparaître. Face à un marché en effervescence, qui pourrait basculer dans la crise aiguë de capacité, nous allons tenter d’analyser les trois différentes sources de volatilité mettant aujourd’hui en danger notre branche d’assurance.

Loïc Aubouin et Stéphane Bihoreau, Assurance aviation, un marché actuellement sous tension

Le marché de l’assurance aviation est depuis quelques mois soumis à la pression des assureurs et des réassureurs. Compte tenu des résultats techniques enregistrés ces dernières années, de l’intensité des risques à couvrir et de l’environnement global des marchés financiers, les conditions de renouvellement imposées aux assurés sont en nette rupture avec celles enregistrées ces dix dernières années dans un marché qui avait l’habitude d’être calme.

Virginie Stern, La gestion des risques d’une grande compagnie aérienne

Nous avons trois activités majeures : transport de passagers, transport de marchandises et maintenance. La maîtrise des risques, mais également l’anticipation sont au cœur des préoccupations quotidiennes de chacun. Or la démarche est complexe, notamment du fait de la typologie de nos risques qui peut être attritionnelle et/ou majeure, et qu’en tout état de cause nous devons être prêts à gérer tout type d’événement.

Anne-Carole Leconte, Comment intégrer la problématique du développement durable dans la gestion des risques aviation ?

L’industrie aéronautique est de plus en plus dépendante des sujets liés à l’environnement. Son avenir, que l’on parle des transporteurs ou des constructeurs, est lié au réchauffement climatique et doit prendre en compte la réduction des émissions de CO2 dans son modèle économique afin de produire des avions qui polluent moins, consomment moins et soient moins bruyants. L’activité de nos clients aéronautiques évoluera fortement dans les prochaines années et les assureurs ont certainement un rôle à jouer pour accompagner et favoriser cette transformation.

Sébastien Saillard, Valérie Bourgeois et Guillaume Cadillat, La gestion d’un crash aérien, le rôle de l’assureur

La survenance d’un crash aérien fait la une des médias pendant de longues semaines. Les enquêtes administratives et judiciaires débutent. Régulièrement, la presse sollicite les avis d’experts et relate les évolutions des enquêtes et des procès. C’est la partie visible des conséquences de ces accidents tragiques. La partie moins visible fait l’objet de cet article, qui expose les rôles des différents intervenants concernés, et en particulier celui de l’assureur apériteur qui doit orchestrer la gestion du sinistre tout au long des nombreuses années d’enquête, de procès, de négociations, et en assumer les conséquences financières, notamment par le versement d’indemnités et le règlement de frais de défense. Après un rappel du contexte technique, juridique et judiciaire, la gestion de ces sinistres est abordée sous deux angles différents, celui de l’assureur de la compagnie aérienne, puis celui de l’assureur du constructeur et d’autres parties potentiellement impliquées, en exposant les dimensions humaines, sociales, judiciaires et financières, de même que les multiples facteurs de décision dont chaque assureur devra tenir compte pour accompagner son assuré sur le long terme.

Analyses et défis – Les progrès de la responsabilité sociétale d’entreprise

Philippe Trainar, Introduction

Pascal Demurger, « L’entreprise du XXIe siècle sera politique ou ne sera plus »

Notre représentation traditionnelle de l’entreprise fait qu’elle est à elle-même sa propre finalité. Elle n’a pas d’autre objectif que sa profitabilité et sa croissance. À l’inverse, considérer que l’entreprise est politique, c’est considérer qu’elle a un rôle à jouer face aux nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés sur le plan social et environnemental. Réchauffement climatique, crises sociales à répétition en France et dans le monde, risques liés aux bouleversements technologiques… Je pense qu’il est urgent d’agir, et que les entreprises doivent assumer leur part de responsabilité.

Christine Albanel, RSE, nouvelle frontière

Pour de nombreuses grandes entreprises de nos pays occidentaux, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est vraiment une nouvelle frontière. Économie circulaire, neutralité carbone, énergies renouvelables, inclusion, prise en compte de la diversité, conditions de travail éthiques, autant de déclinaisons, devenues familières, de cette responsabilité sociale et sociétale. Une évolution majeure donc, mais qui ne vient pas de nulle part. C’est le résultat d’un long processus engagé depuis des décennies, et qui connaît désormais une accélération inédite. Tout va très vite, et partout, au point que les ambitions environnementales et éthiques occupent aujourd’hui une place de choix dans les plans stratégiques des groupes et des sociétés, et dans leur communication.

Francis Claude, L’actuariat industriel, une réponse technique à l’intégration de la RSE dans les entreprises non financières ?

Le développement durable mis en œuvre à l’échelle de l’entreprise modifie de fait son modèle d’activité et de raisonnement à un niveau logique d’apprentissage supérieur à celui de son seul environnement concurrentiel. Ce « méta » positionnement entraîne une reconfiguration de sa gouvernance pour s’approprier cet autre niveau logique. Or, le profit étant contingent à la seule structure du secteur concurrentiel, pour relier durablement efficacité de l’action collective et responsabilité de l’entreprise, ne faudrait-il pas un nouvel objet au centre de cette gouvernance qui soit, lui aussi, d’un niveau logique supérieur ?

Dorothée de Kermadec-Courson, De la RSE à la SRE, stratégie responsable de l’entreprise

L’enjeu d’un développement durable a émergé il y a un peu plus de trente ans. De nombreux acteurs se sont mobilisés et parmi les premiers, le secteur de l’assurance qui publiait ses engagements pour une assurance responsable dès 2009. Pourtant le survol de la situation actuelle conduit à s’interroger sur l’impact réel de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), alors qu’entre-temps l’urgence est devenue évidente. Une remise en cause de notre représentation de notre rapport au monde est nécessaire pour qu’elle devienne vraiment transformante.

Marie-Doha Besancenot, La responsabilité sociétale d’entreprise, entre résilience et performance

La COP 21 a formulé le défi en 2015 : « Un monde à +2° C pourrait encore être assurable, un monde à +4° C ne le serait certainement plus ». L’explosion de la responsabilité sociétale d’entreprise (RSE) qui a suivi entend répondre à l’urgence climatique et au sentiment que le capitalisme, arrivé au bout d’un cycle, doit être « moralisé » et réorienté vers le grand sujet d’intérêt général qu’est le sauvetage de la planète. Pour les entreprises, la RSE est devenue à la fois un enjeu réglementaire, concurrentiel et de confiance vis-à-vis du client-citoyen. Son caractère émotionnel, inflammable, en fait un sujet de résilience majeur.

Guillaume Levannier, L’investissement face au risque de transition énergétique

L’évolution climatique récente entraîne de nouveaux risques financiers. Parmi eux, les risques de transition résultent des effets de la mise en place de politiques publiques visant à réduire les conséquences du changement climatique. Ces risques pèseront, à moyen terme, sur la valeur des actifs financiers. Les investisseurs doivent donc anticiper les risques de transition et les valoriser au mieux au travers, notamment, d’un meilleur prix du carbone.

Pierre Valentin, L’ISR, une nouvelle approche du risque ?

Le fort développement de l’investissement socialement responsable (ISR) auquel on assiste depuis quelques années a provoqué parallèlement un grand essor des travaux de recherche sur l’utilisation de critères extra-financiers (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans la gestion d’actifs. Les résultats sont de plus en plus concordants et établissent généralement que la gestion ISR enrichit la gestion des risques des portefeuilles. Le développement de l’ISR devrait se poursuivre dans les années qui viennent et il sera notamment intéressant de mieux comprendre quels sont les critères extra-financiers les plus déterminants pour la performance financière et la minimisation du risque.

Jean-Brieuc Le Tinier, Darty Max, une création de valeur responsable pour l’ensemble de nos parties prenantes

Certains voudraient croire que le secteur de la distribution serait le vecteur d’une consommation débridée, principale responsable de l’épuisement des ressources de notre planète. On peut toutefois dépasser les caricatures de la « société de consommation » en promouvant la réparabilité des produits dans le cadre d’une véritable démarche RSE soucieuse de l’impact sociétal et environnemental. Un tel engagement comporte des risques car c’est l’entreprise qui assume finalement les conséquences de son obligation contractuelle de réparer. Mais ce risque ne vaut-il pas d’être pris ?

Études et débats

Pierre Martin, Les risques d’une croissance économique à tout prix

« On ne peut affirmer aujourd’hui que les sciences sociales aient résolu le mystère de la croissance et du développement, car chaque expérience nationale est singulière : elle s’inscrit dans une tradition, une culture, un système anthropologique spécifique. Elle est comme un précipité qui résulte de la combinaison d’éléments chimiquement purs, dont le nombre, la qualité et la pondération sont déterminés par l’histoire du pays ». Les économistes Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent soulèvent un des paradoxes de la croissance économique : on en connaît les ingrédients, mais ses dosages doivent s’adapter aux configurations historiques et culturelles des nations. Fondamentalement, la recherche de la croissance économique relève désormais d’une obsession. Or elle a des coûts, ce qui suppose des risques en amont et en aval…

Rodolphe Bigot et Arthur Charpentier, Quelle responsabilité pour les algorithmes ?

Historiquement, les algorithmes se contentaient de fournir une aide à la décision, laissant à un être humain le rôle de prendre la décision, mais des expériences sont en cours, avec des systèmes autonomes prenant des décisions, que ce soient les systèmes de conduite de voiture ou les algorithmes de justice prédictive, comme le montre Huss et al. [2018]. Cette autonomie, qui signifie fondamentalement la « faculté d’agir librement » désigne aussi l’idée « de se gouverner par ses propres lois ». Mais quelle est la responsabilité du décisionnaire dans le cas d’une prédiction qui entraînerait un préjudice ?

Les débats de Risques

Yves Jégourel, Gilles Kepel, Guillaume Pitron et Hubert Védrine, Les incertitudes géopolitiques sont-elles en expansion ?

Le 13 janvier 2020, Risques a organisé un débat sur les incertitudes géopolitiques mondiales et le rôle que la France peut jouer dans l’apaisement de ces crises, en évoquant en particulier les problèmes liés aux matières premières et à la rareté de certaines ressources. Pour débattre de ces questions étaient réunis : Yves Jégourel, maître de conférences à l’Université de Bordeaux, Gilles Kepel, professeur à Sciences Po, Guillaume Pitron, journaliste et Hubert Védrine, ancien ministre.

Actualité de la Fondation du risque

Christian Gollier, Comment résoudre le casse-tête de la tarification du carbone ?

Pour limiter le réchauffement climatique à deux degrés Celsius d’ici à la fin du siècle, il sera indispensable de mettre un prix sur le carbone. Son niveau et son taux de croissance dans le temps dépendent des anticipations relatives à l’émergence de technologies vertes économiquement matures dans les décennies à venir. Un chercheur a développé un modèle innovant intégrant les importantes incertitudes technologiques dans la détermination de l’évolution du prix du carbone permettant d’atteindre les objectifs climatiques fixés par les États.

Recension

Delia Montero Contreras, Instituciones y actores: un enfoque alternativo para entender el consumo de agua embotellada en México par Véronique Deli et Carlos Pardo