Baqaee et al. [mai 2020] développent un modèle avec cinq classes d’âge et 66 secteurs pour tester les politiques de déconfinement. Ils assignent à chaque secteur économique un ratio entre sa contribution au PIB et le risque de contamination de ce secteur en termes d’interactions sociales, pondéré par des données sociales et démographiques. Ces données liées à l’épidémie ont été recueillies au mois de mars et sont combinées avec des données des réseaux sociaux.

Ils comparent ensuite différentes stratégies de déconfinement et leurs effets sur la reprise. Une stratégie d’ouverture totale de l’économie est ainsi optimale pour la croissance, mais très risquée et peut entraîner rapidement une reprise forte de l’épidémie. Des stratégies intelligentes de déconfinement qui encouragent le télétravail quand c’est possible ont des effets positifs sur l’économie, mais pas d’effets remarquables sur l’épidémie. Des stratégies sectorielles dures qui interdisent toutes les activités sociales non liées au travail (bars, restaurants, spectacles…) sont les plus efficaces en ce qu’elles permettent une large reprise tout en limitant sévèrement la reprise des contaminations. Les stratégies d’isolement sévère des personnes âgées de plus de 75 ans permettent de réduire fortement la mortalité de ces personnes, tout en étant assez neutres sur l’économie. Les stratégies de réouverture limitée et partielle des écoles sont sous-optimales parce que les enfants ne diffusent pas le virus plus que les adultes et peut-être un peu moins, et que cela empêche les parents de travailler.

Beaucoup de publications se sont attachées à démontrer que la crise était exceptionnelle et d’une ampleur inconnue. Ils ont ainsi souligné qu’elle avait l’originalité de frapper, et la demande – réduite par le confinement et l’incertitude –, et l’offre – réduite pendant les mois de confinement. Ainsi Dominique Strauss-Kahn a le premier proposé une théorie économique du confinement. Les plans de relance européens et américains décidés très vite ont retenu l’attention puisqu’ils étendent au-delà du confinement l’idée d’un financement monétaire de la relance. L’idée sous-jacente, c’est que les politiques restrictives de l’après-2007 ont été de tels échecs économiques et sociaux qu’il est acquis que ces stratégies ne sont pas à suivre [Artus, 2020]. La peur d’un endettement excessif étant contrebalancée par la faiblesse des taux d’intérêt de long terme et un accord tacite sur l’absence de perspectives inflationnistes, il reste à comprendre comment la relance peut s’organiser. Ici, les opinions divergent, il y a ceux qui pensent que la relance doit être plus verte et plus sociale et, en quelque sorte, doit adapter et amplifier le green deal européen préconisé par la nouvelle Commission européenne. Il y a ceux qui pensent que l’État doit d’une manière ou d’une autre entrer au capital des entreprises européennes et en profiter pour réindustrialiser le pays, trop dépendant des chaînes de production et d’approvisionnement issues de la mondialisation et du secteur des services, notamment touristiques. Il y a enfin ceux qui mettent en avant l’importance des pertes d’emplois potentielles et la nécessité de rouvrir le dossier du revenu universel.

Parmi les économistes, à fin mai 2020, les positions de ceux qui pensent que la reprise sera en V – et donc sera très rapide – semblent être plutôt minoritaires en France ; la majorité des économistes en France et en Europe penchent pour des reprises lentes et parfois chaotiques. Les expériences allemande et chinoise montrent que les comportements de l’après-confinement sont modifiés et que la confiance n’est pas, tant s’en faut, rétablie.

Beaucoup évoquent la possibilité de reconfinements partiels à l’automne, ce qui semble a priori crédible si l’on en croit des épisodes comme celui de la grippe espagnole, mais improbable si l’on se réfère aux épisodes du SRAS et aux épisodes épidémiques des années 2000.

Cette incertitude n’est pas de nature à favoriser l’investissement dans des projets d’entreprise ou la consommation de biens durables. On peut cependant penser que la connaissance des mécanismes de l’épidémie est aujourd’hui telle qu’un confinement total est assez improbable et que des confinements très localisés seront réalisés, d’où l’importance d’une politique de tests systématiques et d’isolement des personnes contaminées.

Des secteurs comme le tourisme, les activités culturelles ou la restauration semblent devoir subir des freins assez importants, soit par des mesures administratives de confinement plus étendues, soit parce que rien ne garantit une reprise des comportements d’avant la pandémie de Covid-19.

Beaucoup soulignent les coûts engendrés par le déconfinement pour des entreprises qui sont déjà en difficulté en raison de la faiblesse de la demande et de la difficulté de maintenir durablement des plans de soutien très coûteux. D’autres s’inquiètent des conséquences démographiques de la reprise et, en particulier, des conséquences brutales sur l’emploi des jeunes diplômés.

Bibliographie

ARTUS P., 40 ans d’austérité salariale. Comment en sortir ?, Éditions Odile Jacob, Paris, mai 2020.

BAQAEE D. ; FARHI E. ; MINA M.J. ; STOCK J.H, “Reopening Scenarios”, NBER Working Papers, n° 27244, National Bureau of Economic Research, mai 2020.

STRAUSS-KAHN D., « L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise », slate.fr, avril 2020.
http://www.slate.fr/story/189339/economie-politique-coronavirus-covid-19-pandemie-analyse-dominique-strauss-kahn-crise-economique-democratie