Risques n° 117

Mars 2019

N° ISBN : 978-2-35588-086-5

Société – Les banques centrales face à un nouveau monde

Risques et solutions – La réassurance, rempart face aux menaces

Gilles Bénéplanc, Introduction au dossier

Marc-Philippe Juilliard, Grands réassureurs : une solvabilité élevée mais un environnement difficile

Les conditions adverses auxquelles fait face le secteur de la réassurance depuis plusieurs années ont amené l’ensemble des acteurs à reconsidérer leurs orientations stratégiques et à effectuer des choix conséquents : fusions, acquisitions, cessions d’activités peu performantes, investissements destinés à se différencier de la concurrence, développement d’expertises visant à tirer parti des capitaux disponibles sur les marchés financiers. Ils peuvent aussi s’appuyer sur une solvabilité élevée malgré l’environnement difficile.

Philippe Trainar, Le cycle de réassurance, disparition ou mutation ?

Théoriciens et praticiens ont coutume de s’opposer sur la question des cycles : les premiers estiment que la cyclicité ne repose sur aucun fondement théorique solide, tandis que les seconds leur opposent les données de l’observation empirique. Ceci est particulièrement vrai en économie, où les plus grands chercheurs, de Marx à Lucas en passant par Keynes et Hicks, ont accordé une grande attention aux cycles. Les économistes distinguent quatre sortes de cycles différenciés par leur récurrence : le cycle Kitchin (3 à 4 ans), le cycle Juglar (8 à 10 ans), le cycle Kuznets (15 à 25 ans) et le cycle Kondratiev (40 à 60 ans). En même temps, de nombreux économistes, notamment l’école des « cycles reels » (les « real business cycles », opposés au « trade business cycles »), ont souligné que les tentatives de « rationalisation » du cycle économique reposent sur une hypothèse d’irrationalité des agents, en contradiction avec les fondements théoriques de l’économie, et que la seule explication cohérente réside dans le caractère stochastique des cycles, lié notamment aux chocs et innovations technologiques, par nature imprévisibles.

Thierry Myara, Marché de la réassurance : où en est-on dans le cycle ?

La réassurance est traditionnellement soumise à des cycles. Les catastrophes naturelles, qui sont en général le principal contributeur aux activités de la réassurance, imposent la dynamique haussière ou baissière du secteur. Malgré des tensions géopolitiques, une économie mondiale en berne et une réglementation de plus en plus contraignante, le marché de la réassurance enregistre à nouveau une baisse des prix au 1er janvier 2019 en Europe. Les acteurs de la réassurance s’interrogent sur la pérennité de ces taux bas : peut-on toujours parler de cycle, ou une nouvelle norme s’installe-t-elle ? Enfin, quelles perspectives pour la réassurance de demain : de nouveaux chocs ou menaces pourraient-ils remettre en question le cycle ?

Bertrand Labilloy, Quel rôle pour les acteurs de place au sein du marché mondial de la réassurance ?

La réassurance est une activité internationale par essence. Elle a toujours été aux avant-postes de la mondialisation des échanges commerciaux, et la diversification géographique des risques est l’un des piliers de son modèle économique. Rien d’étonnant donc à ce que cette industrie ait suivi le mouvement de globalisation financière et soit aujourd’hui dominée par une poignée de grands acteurs internationaux qui détiennent plus de 50 % de parts du marché mondial contre moins du quart il y a trente ans. Ce mouvement de concentration est-il irrepressible ? Doit-on se préparer à voir l’oligopole ainsi constitué croître toujours davantage avec une approche et une offre de réassurance qui s’uniformisent ? Ou y a-t-il encore de la place pour des challengers de taille intermédiaire qui s’en différencient ? La réponse à cette dernière question est ouverte : si la concentration de l’industrie de la réassurance obéit à une logique implacable, elle n’en est pas pour autant une fatalité ; surtout, il existe de par le monde de nombreux réassureurs de place, privés ou publics, qui offrent un service pertinent aux assureurs et aux populations.

Benoît des Cressonnières, De la spécificité de la réassurance dans le domaine de l’assurance crédit et de la caution

Depuis des décennies, les assureurs « crédit et caution » et leurs réassureurs nouent des partenariats permettant le développement durable et rentable de métiers garants de la bonne santé financière des entreprises assurées, par la gestion dynamique de l’actif stratégique que représente le compte « clients ». Nous étudierons dans cet article les différentes stratégies de réassurance qui peuvent être mises en place par un assureur crédit.

Patrick Thourot, La réassurance de demain, défis juridiques et techniques

La réassurance est confrontée, comme l’assurance, à l’expansion de l’univers des risques, donc à l’apparition de risques nouveaux, ainsi qu’à la volatilité de l’environnement juridique, à l’évolution erratique des marchés financiers en sortie de la crise financière et à la pression croissante de la réglementation prudentielle. Elle montre qu’elle sait faire face à ces nouveaux défis techniques. Mais elle est aujourd’hui moins inquiète de l’assurabilité des risques que des perspectives de fréquence et de gravité des sinistres et de leur caractère systémique. Le défi est celui de la capacité à couvrir la « tempête parfaite », sans bénéficier aujourd’hui d’une solide cartographie des risques et d’une garantie d’un « prêteur en dernier ressort ».

Laurent Montador, Réassurance et big data

La réassurance fait partie des activités commerciales nouées entre entreprises (B2B) et se distingue de l’assurance, qui a un lien direct et privilégié avec le consommateur final (B2C), lequel peut aussi être une entreprise (B2B), en passant parfois par des intermédiaires. La masse de données gérée par les assureurs pour atteindre leurs prospects, réaliser des produits correspondant à leurs besoins, établir des tarifs, distribuer les contrats d’assurance par différents canaux ou indemniser les sinistrés est très grande. Par contraste, la masse de données que doivent gérer les réassureurs est beaucoup plus réduite. Les couvertures de réassurance servent en effet une quantité moindre d’acteurs, avec des flux de gestion en nombre limité dans l’année, ne traitant généralement pas un détail « contrat par contrat », mais plutôt de grands agrégats. Le big data et la régulation ont-ils modifié la donne ? et si oui, comment ?

Analyses et défis – L’irrésistible montée du courtage en assurance

Corinne Cipière, Introduction au dossier

Robert Leblanc, Le courtier, un créateur de solutions

Au fond, le métier du courtier n’est-il pas, justement, de créer de la capacité ? Trop souvent, on considère le courtier comme un distributeur. C’est le cas pour des produits tout faits qu’il faut vendre, mais cela ne vaut que pour une partie du courtage. En réalité, le vrai métier du courtier part du client, des clients, d’une communauté de clients ou d’un grand client, passe par l’élaboration d’une solution et la recherche de porteurs de risques disposés à s’engager dans le cadre conçu, quitte à l’ajuster. Convaincus de l’intérêt de ce que leur propose le courtier, ces porteurs de risques mobilisent leurs capacités, voire en constituent spécifiquement pour s’engager dans la souscription proposée. Le courtier est bien à l’origine de cette mise en place de capacité. Affirmer qu’il l’a donc créée est une manière de dire qu’il l’a mobilisée au service d’un ou plusieurs assurés qui l’intéressaient ; mais il peut aussi, lui, le même courtier, ou un autre d’ailleurs, intervenir pour constituer la capacité nécessaire et, véritablement la créer. Nous allons voir différentes situations dans lesquelles le courtier crée de la capacité.

Pierre Martin, Prolégomènes à l’histoire des courtiers, XVIe-XXIe siècles

Louis XIV, dans son ordonnance sur la marine d’août 1681, énonce : « Faisons défenses à tous Greffiers de police, Commis de Chambres d’assûrances, Notaires, Courtiers et Censaulx de faire signer des polices là où il y ait aucun blanc, à peine de tous dommages et interests ». L’histoire du courtage et des courtiers d’assurance reste pourtant terra incognita. Le présent papier vise donc à poser quelques modestes jalons de l’histoire de ces intermédiaires d’assurance d’Henri IV à nos jours.

Philippe Carle, Marsh & McLennan Companies, une aventure unique

La singulière histoire de Marsh & McLennan Companies (MMC) mériterait que lui soit consacré un ouvrage complet, pour restituer fidèlement sa richesse et son originalité… Modestement, nous avons tenté ici d’en ébaucher les contours, pour illustrer l’esprit et la culture de l’aventure MMC depuis sa création.

Laurent Ouazana, Les courtiers grossistes vont (aussi) changer !

Âgé de quarante ans, le courtage grossiste est désormais ancré dans le paysage de l’assurance française. Il a trouvé un public de courtiers fidèles et est passé du statut d’accessoire à celui de principal. Sa capacité à identifier des secteurs de risques complexes, à fédérer des communautés homogènes d’assurés, à innover en matière assurancielle, et à intégrer les nouvelles technologies, en fait aussi un partenaire indispensable des assureurs. Mais le client final évolue, la réglementation le protège davantage et pèse sur l’exercice du métier, nécessitant pour le courtage grossiste de repenser en permanence ses fondamentaux.

Julien Vignoli, Les missions du courtier en protection sociale dans un monde en mutation rapide

Acteur méconnu, le courtier en protection sociale contribue à la gestion du principal budget d’assurance de l’entreprise. Par son savoir-faire et son agilité, il a su conquérir une place dans un système social complexe. Ses compétences en conseil, intermédiation et gestion s’adaptent aux évolutions d’un domaine réglementé, mais le courtier doit veiller à défricher de nouveaux territoires au service de son client.

Nicolas Canel, Quelle réponse pour le courtage de proximité face à l’inflation réglementaire ?

La mise en œuvre du règlement général sur la protection des données (RGPD) et de la directive sur la distribution d’assurance (DDA) à effet de 2018 a accéléré la prise de conscience de la charge financière que représente le respect de l’inflation réglementaire pour les courtiers de proximité. Penser l’adaptation aux contraintes réglementaires de manière « artisanale » n’est plus possible, il convient désormais de mettre en place des organisations industrielles pour y faire face. Ces évolutions imposent de reconstituer les marges en accélérant la concentration, la spécialisation et l’industrialisation des organisations. Au-delà des réponses opérationnelles, à l’avenir, les courtiers de proximité devront accroître leur lobbying en s’imposant au sein de la future instance de représentation de la profession prévue par le projet de loi Pacte, pour être mieux entendus des pouvoirs publics et des régulateurs en amont de la promulgation des textes.

Études et débats

Arthur Charpentier, Les réseaux pour réinventer l’assurance ?

La théorie des réseaux, ou des graphes, est née en 1735, à la suite des travaux de Leonhard Euler, qui essayait de trouver une promenade – à partir d’un point donné – qui fasse revenir à ce point en passant une fois et une seule par chacun des sept ponts de la ville de Königsberg. On peut rapprocher ces réseaux des réseaux de métro, constitués de stations (les nœuds), liées entre deux par des rails, ou pas, ou plus généralement un réseau routier, pouvant donner lieu à des études de congestion, par exemple. Mais les réseaux sont aujourd’hui surtout sociaux, reliant les personnes, par des liens d’amitié, professionnels, familiaux, ou monétaires. L’analyse des réseaux permet de créer des communautés relativement homogènes, acceptant de partager un risque, recréant une mutualisation. Mais finalement, c’est peut-être l’outil rêvé pour réinventer les mutualités, voire l’assurance.

Kamal Armel et Frédéric Planchet, Valeur économique d’un contrat d’assurance vie : quels scénarios économiques ?

Le calcul de la valeur économique des engagements d’assurance vie est un sujet particulièrement délicat, du fait de l’absence d’un marché permettant d’observer les prix [Félix et Planchet, 2015]. Le générateur de scénarios économiques est un composant central du processus de calcul et un arbitrage doit être effectué entre une certaine complexité – pour rendre compte de manière réaliste des anticipations des situations de marché par les investisseurs – et un objectif de robustesse, compte tenu de la projection sur une longue durée des scénarios générés. En s’appuyant sur Armel et Planchet [2018a], la présente discussion s’attache à proposer quelques éléments d’appréciation pour effectuer cet arbitrage de manière raisonnée.

Grégory Kron, Détournement de la libre prestation de services : maladresse ou escroquerie ?

Depuis quelques années, de nouveaux acteurs se sont implantés en France en détournant le régime de la libre prestation de services (LPS) pour s’affranchir des règles prudentielles françaises, notamment en assurance construction. À la faveur d’une politique tarifaire agressive, ils ont pu capter une part importante du marché, malgré une situation financière fragile et des provisions techniques insuffisantes. Nombre de ces assureurs ont aujourd’hui failli, laissant des dizaines de milliers d’assurés sans couverture d’assurance. Comment gérer cette situation et éviter qu’elle ne se reproduise ?

Hubert Rodarie, Les causes profondes de la crise de 2008 persistent, pourquoi Chronos ?

Tout professionnel le ressent et certains le disent ; les régulateurs le savent ; les politiques s’en remettent aux régulateurs : dix ans après la crise, la confiance dans les dispositifs de maîtrise des risques reste limitée. Que valent les chiffres publiés ? quel sens donner aux stress tests ? L’adhésion générale aux systèmes s’est affaiblie, malgré les milliards de chiffres collectés – calculés et transmis à qui de droit – et la mise en place d’une armée de contrôleurs de toute nature. Ce manque de confiance après tant de perfectionnements renforce un diagnostic posé par quelques-uns dès 2008. La faiblesse du système financier réside moins dans des faiblesses réelles ou supposées du dispositif de contrôle que dans le cadre conceptuel qui le justifie. En tant que professionnels, nous pensons que les causes de la crise étaient plus profondes que des dysfonctionnements, et davantage liées à la qualité des modèles qu’à des erreurs involontaires ou non. Cet article s’attachera à proposer des pistes de réflexion pour améliorer les performances des dispositifs existants.

Les débats de Risques

Laurent Blivet, Aurélie Dard, Doina Palici-Chehab et Valentine Studer, La place des femmes dans l’assurance

Le 18 février 2019, Risques a organisé un débat sur la place des femmes dans l’assurance. Les statistiques indiquent que les femmes représentent globalement aujourd’hui 60 % des salariés du secteur. Ce chiffre est assez similaire dans de nombreux autres pays. Néanmoins, parmi les différentes fonctions, cette répartition est loin d’être linéaire. Par exemple, elles ne représentent plus que 30 % des effectifs dans les populations de cadres supérieurs (classe 7 et au-dessus pour ce qui est de la France). Étaient réunis pour en évoquer les enjeux : Laurent Blivet, consultant chez Spencer Stuart, Aurélie Dard, responsable des affaires réglementaires de Scor, Doina Palici-Chehab, présidente exécutive d’AXA Corporate Solutions, AXA Matrix et AXA Art et directrice de l’intégration au sein du groupe AXA, et Valentine Studer, directrice des segments entreprises, PME et solutions affinitaires de Marsh France. Ce débat était animé par Corinne Cipière, membre du Comité éditorial de Risques.

Actualité de la Fondation du risque

Hicham Belkouch et Mathieu Noguès, Pourquoi la convergence et la transition du système de retraite constituent des casse-tête ?

Si la réforme des retraites en cours de discussion vise à créer un régime universel où chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits pour tous, la convergence et la transition des 42 régimes existants s’apparentent à une gageure. De jeunes chercheurs reviennent sur ces aspects ô combien délicats à mettre en œuvre.

Recension

Laura Spinney, La grande tueuse par Daniel Zajdenweber