C’est « le retour des frontières » nous dit Jean-François Boulier. « La très forte croissance du commerce mondial n’est plus » ajoute José Bardaji, ce que notent également Mahamoud Islam et Ludovic Subran (« le commerce mondial croît deux fois moins vite qu’avant la crise »). Nous assistons à une « remise en cause de la mondialisation » confirme Philippe Trainar, qui se demande si l’une des causes ne serait pas cette « avalanche réglementaire qui s’est abattue sur les institutions financières, particulièrement en Europe », et les fidèles lecteurs de Risques savent que c’est un thème qui m’est cher ?

De fait, nos auteurs nous rappellent que l’assurance est encore « un métier de terrain qui colle avec la réalité économique et fiscale locale ainsi qu’avec les habitudes de consommation » (Jean d’Herbécourt). On constate ainsi que « les services d’assurance sont encore très faiblement exportés ». José Bardaji nous dit qu’ils ne pèsent que 0,6 % du commerce mondial. Et Philippe Trainar de noter un « repli des institutions financières sur leur marché national » après la crise de 2008. Si bien qu’on peut se demander si l’Europe de l’assurance existe vraiment. Il y a bien sûr le cadre prudentiel de Solvabilité II mais « la libre prestation de services ne représente qu’une fraction marginale du chiffre d’affaires » nous dit Philippe Trainar, et on constate un « tassement récent du développement des assureurs français à l’international ».

Les réglementations régionales et nationales, les spécificités de l’organisation de chaque marché constituent encore de solides barrières à l’entrée. Ces constats ne signifient pas, bien entendu, que les assureurs français pourraient se désintéresser des grandes évolutions internationales. Car comme le disent Mahamoud Islam et Ludovic Subran « le risque pays ne faiblit pas » avec la hausse des risques politiques et des politiques protectionnistes.

De son côté, Jean-François Boulier estime que « la démondialisation pourrait accentuer la décorrélation des fondamentaux et les marchés de capitaux pourraient être moins intégrés. Le potentiel de diversification s’en trouverait renforcé ».

Olivier Héreil a un point de vue différent. Il considère que « la gestion d’actifs dans l’assurance n’a pas fini de se globaliser », même si l’action est locale, dans le cadre des spécificités des gestions actif-passif. « Le scénario central est global, les mises en scène sont locales ».

Enfin, Olivier de Bandt et Dominique Durant nous font part de leur analyse sur l’impact des taux bas en assurance vie. Ils insistent sur l’utilité du cadre Solvabilité II dans ce contexte exceptionnel, en comparant notamment avec les défaillances du superviseur japonais dans les années 1990.

Encore un dossier de qualité, sur un sujet peu défriché. Bonne lecture !