D’un côté, une révolution scientifique à l’œuvre dans le diagnostic mais une certaine lenteur dans les pronostics et les traitements, de l’autre, la compréhension que les risques biologiques sont très difficiles à caractériser : parmi les millions de bactéries celle-ci sera cancérigène quand elle est présente dans tel organe et prévient au contraire le cancer dans un autre endroit du corps. À côté de cette complexité, des technologies génétiques très prometteuses, comme le Crisp, qui inquiètent et donnent l’impression qu’une éthique est impérativement nécessaire pour les encadrer. Les risques biologiques sont un monde en soi : des risques de pandémie à ceux de la radiobiologie, de ceux propres à la ville – comme la légionellose tapie dans les réseaux de distribution d’eau – en passant par des risques pour l’espèce elle-même qui peuvent engendrer un eugénisme, paré des vertus de la science.

Pour Jacques Testart, il y a bien deux mondes, celui des médias et de l’annonce sensationnelle de techniques, qui sont tout aussi fascinantes qu’elles sont redoutées, et des découvertes fondamentales plus silencieuses, tout aussi impressionnantes et qui ne manqueront pas d’avoir des conséquences thérapeutiques majeures dans les années qui viennent. Tout s’est emballé, dit-il, dans les années 2000 quand le « recyclage de cellules » pour d’autres fonctions est devenu possible jusqu’à la fabrication d’embryons sans utiliser de gamètes. Pour autant, le rêve d’un homme amélioré qui combine un eugénisme paré de modernité et de science avec le transhumanisme peut réellement tourner au cauchemar. Une évolution très rapide de l’espèce vers un homme idéal est certes possible, même si elle est moralement condamnable, mais cette grande unification implique une fragilité collective immense de l’espèce par rapport à de nouveaux risques émergents.

Selon Hervé Chneiweiss, l’éthique ne doit pas juger ou sanctionner a posteriori, mais au contraire accompagner dès l’origine les projets des chercheurs et répondre aux questions que ces derniers se posent. Il faut éviter le docteur Folamour qui sommeille dans tout savant, même émérite. Cette démarche très contemporaine est partagée et ressentie comme une nécessité par toutes les grandes communautés scientifiques dans le monde, de la Chine aux États-Unis et en Europe.

Arnaud Fontanet décrit comment de nouvelles maladies émergentes apparaissent et deviennent des pandémies. Il est aujourd’hui impossible d’anticiper sur ces surgissements, et la seule réponse rationnelle est la veille sanitaire à l’échelle mondiale et la capacité de réagir dans l’urgence, tout en évitant les phénomènes de panique. Même le séquençage à haut débit ne suffit pas à prévenir ou comprendre les effets de dizaines de milliers d’agents pathogènes. On ne peut pas aujourd’hui anticiper si telle pathologie va décimer des populations entières ou en définitive être anecdotique.

Guy Turquet de Beauregard constate les difficultés à mettre en place des mesures de prévention efficaces en radiobiologie, d’autant plus que les réactions des individus aux rayonnements ionisants sont différentes et que les effets des rayonnements faibles sont peu connus. Une nouvelle directive européenne vise à harmoniser la réglementation et à inciter les thérapeutes à plus de prudence dans l’utilisation des rayonnements ionisants pour une radioprotection des populations.

Chantal Jouanno plaide pour une démocratie scientifique, au sein de laquelle l’évaluation objective, pluraliste et contradictoire des risques serait l’origine du débat politique. Proposant d’aborder le débat des biotechnologies de façon structurelle et objective, elle suggère, à partir de plusieurs exemples tirés de l’arbitrage entre effets positifs et négatifs des OGM, un principe de précaution éclairé qui invite la démocratie à s’intéresser à la connaissance scientifique.

Gabriela Buffet et Irene Merk analysent le risque pandémique comme l’un des risques biométriques les plus importants auxquels est exposée l’industrie de l’assurance vie. La difficulté est de prendre en compte un risque dont la probabilité est très faible et les conséquences potentielles énormes. Si, en théorie, le taux de retour historique de l’émergence d’une pandémie grave est de l’ordre de 200 ans, il faut aussi tenir compte des facteurs aggravants – comme les transports aériens – ou au contraire des facteurs de réduction des risques – comme la surveillance sanitaire –, dans l’évaluation du risque.

Pour Fabien Squinazi, la légionellose est évitable pour peu que la mesure du danger des aérosols soit comprise par les populations et les autorités. En effet, d’un système d’air conditionné à une simple douche ou une fontaine publique, l’apparition de la bactérie est influencée par la stagnation des eaux dans les bras morts du réseau et le maintien d’une température élevée des eaux chaudes sanitaires au-delà de 55° C, mitigée à 40° C au point de sortie pour éviter les brûlures. Les réglementations en ce sens sont efficaces tout autant que la surveillance sanitaire des installations.