Notre précédent numéro était lié à cet évènement exceptionnel qu’a représenté la célébration du 100e numéro de notre revue. Il comprenait les contributions de 101 personnalités qui exprimaient leur perception du risque dans les années à venir. Il s’agissait d’un exercice très original de prospective explorant l’avenir dans un monde si évolutif et si marqué par l’émergence de nouvelles incertitudes, de nouveaux risques.

Le n° 101 se recentre au contraire sur l’actualité, mettant en lumière ce qu’elle contient de plus en rupture avec le passé, de plus surprenant et de plus incompréhensible dans les difficultés économiques et sociales que nous vivons aujourd’hui. C’est tour à tour la société française qui est interrogée, dans son impossibilité à retrouver une certaine harmonie de la société civile, telle que nous la décrit Yazid Sabeg. C’est ensuite ce nouveau péril inimaginable il y a quelques années encore, celui de cyberattaques ; et enfin ces domaines nouveaux et passionnants qui s’offrent à la gestion économique du risque, donc à l’assurance, à travers la situation économique incroyable que nous vivons.

Certes les politiques économiques tentent de s’accommoder de taux d’intérêt nuls, ce qui était impensable il y a encore peu. Ces trois sujets nécessitent d’abord et avant tout une compréhension d’un monde en train de naître. La plus grande gageure est de faire la part entre les faits réels et des visions plus fantasmatiques, liées à l’incompréhension, à la difficulté de l’analyse de faits et de phénomènes jusqu’alors inconnus. C’est d’ailleurs à cette confusion que s’attaque Luc Arrondel lorsqu’il s’interroge sur les rapports entre crise et peur du risque, et qu’à juste titre il souligne une corrélation qui détermine les comportements si prudents d’investissements de Français perturbés par les difficultés économiques actuelles. Mais la vie change et les comportements aussi. Nul ne nous dit que ce qui apparaît aujourd’hui comme peur, repli, fuite devant le risque, se poursuivra. On voit bien en ce début d’année 2015 que la montée des marchés boursiers contredit quelque peu cette vision, que nous avons tous, d’une aversion au risque renforcée en période de dépression.

Enfin, nous évoquons la cérémonie de remise du prix Risques. D’une certaine manière les deux ouvrages primés reflètent parfaitement la période actuelle. L’affaire Snowden, comment les États-Unis espionnent le monde est un fait politique d’une extrême gravité, parfaitement lié aux risques créés par la non maîtrise et l’absence de contrôle de la technologie. Mais, en même temps, nous avons souhaité nominer un autre travail, celui de Gérald Bronner – La planète des hommes, réenchanter le risque – qui dresse une analyse critique très solide du principe de précaution. Alors risques, peurs, gestion des nouveaux risques et prises à nouveau de risques, ainsi vont le monde et les sociétés. C’est ce dont nous avons essayé dans ce numéro de rendre compte.