Depuis quelques années la réflexion des économistes s’appuyait, à propos de l’évolution de nos sociétés européennes, sur le couple risque-rente. Il s’agissait en fait de redonner vie à l’idée que l’entrepreneur, au sens schumpetérien du terme, devait retrouver un rôle majeur comme source de croissance venant ainsi redonner vie à des sociétés occidentales assoupies. De manière simultanée et quelque peu contradictoire un courant de pensée très puissant, sous l’impulsion d’Ulrich Beck, venait culpabiliser les mêmes sociétés d’être à l’origine de risques technologiques et environnementaux mettant en péril l’existence même d’un monde décidément en danger. C’est dire si le risque était bien devenu l’élément clé de la compréhension des sociétés à venir, dans un univers intellectuel foisonnant et parfois un peu confus.

L’assurance y jouait un rôle central, défini par un statut de régulation et de protection. Mais aujourd’hui la donne a changé. Le monde, comme dans une fin de cycle, est plongé dans un univers d’incertitudes, de difficultés à imaginer un avenir positif. La raison en est simple, nous sommes confrontés aux souhaits, d’une part d’assurer des transitions technologiques, numériques et environnementales, et d’autre part de retrouver des règles de multilatéralisme, gage de paix.

La tâche est ardue tant sur le plan conceptuel qu’opérationnel. Mais une chose est sûre, le monde de l’assurance y a un rôle plus important que jamais.

Au couple risque-rente se substitue désormais celui de risque-innovation. Ce numéro de Risques en est l’illustration parfaite. A qui demander une description du nouvel univers économique dans lequel va désormais se mouvoir l’assurance si ce n’est à celui qui a cumulé le rôle d’assureur, de réassureur et d’économiste, en l’occurrence Denis Kessler ? Sa description d’un monde désormais frappé de l’évolution structurellement inflationniste est fondamentale pour comprendre l’avenir de l’assurance, son financement et sa capacité à traiter les nouveaux risques, à commencer par ceux découlant du changement climatique.

C’est d’ailleurs ce thème, assurance et réassurance des événements climatiques, qui fait l’objet du premier dossier de la revue.

Rarement autant de points de vue se sont exprimés sur ce thème, avec peut-être au cœur de la réflexion, l’évaluation de l’impact de cette terrible hausse de la température, si elle n’est pas maîtrisée. Swiss Re nous annonce, si rien n’est fait, une baisse du PIB de 10 % par rapport à ce qu’il aurait dû être au milieu de ce siècle. L’enjeu est immense, la volonté politique présente mais la coordination entre les Etats n’est pas aisée, et d’une certaine manière la multiplicité d’événements climatiques exceptionnels en souligne l’urgence.

Face à ce nouveau risque, mais qui est loin d’être le seul puisque, par exemple, le numérique porte également sa part d’ombre, il faut retrouver un nouvel équilibre grâce à l’innovation. C’est donc le couple risque-innovation qui rend les perspectives mondiales positives et là, les secteurs de l’assurance et de la réassurance sont au rendez-vous, porteurs de multiples avancées dont quelques-unes sont décrites dans la seconde partie de ce numéro de Risques. Mais au moment où les problèmes de répartition, de revenus et évidemment ceux du pouvoir d’achat malmené par la montée de l’inflation se profilent, il nous fallait débattre de l’impact que l’assurance pouvait avoir dans nos vies quotidiennes, comme instrument de redistribution. Ce fut l’objet d’un débat passionnant qui vient compléter ce panorama d’un secteur confronté à de nouveaux risques majeurs mais capable de se réinventer à l’aide de toutes les formes d’innovation technologique, mais également organisationnelle.