L’industrie spatiale a eu soixante ans le 4 octobre, jour anniversaire du lancement de Spoutnik, le premier satellite artificiel de la Terre. D’un intérêt d’abord purement politique, l’URSS affirmait ainsi en 1957 sa suprématie technique face aux États-Unis, le lancement de satellites artificiels est devenu une activité industrielle banale et mondiale, comme le prouvent le nombre de satellites lancés chaque année et le nombre encore plus grand de satellites en activité au-dessus de nous, pour le compte de nombreux opérateurs – tant publics (militaires et pacifiques) que privés. Bien qu’ils ne transportent pas encore de personnes, sauf quelques astronautes ou spationautes, les satellites, parce qu’ils transportent des signaux numériques et des données, sont comparables aux autres grandes innovations dans le transport que furent, en leur temps, le chemin de fer, l’automobile et l’aviation. La généralisation des Smartphones, par exemple, n’aurait pu être effective sans le positionnement GPS assuré par des constellations de satellites. Si au début, l’industrie spatiale n’a pas eu besoin d’assurance puisque, tant la recherche scientifique que l’ingénierie des satellites et des lanceurs étaient publiques et surtout militaires, il n’en va plus de même aujourd’hui. Les coûts de fabrication et de lancement des satellites sont tels qu’un échec, même partiel (si certaines fonctionnalités sont inopérantes), peut être catastrophique pour l’entreprise de télécommunications commanditaire. D’où l’émergence d’un nouveau marché de l’assurance, comparable à certains égards à l’assurance aviation, notamment en raison du coût d’une catastrophe aérienne, mais en fait très différent. En effet, la fréquence des accidents, soit au lancement, soit en orbite, bien qu’en constante diminution, est beaucoup plus élevée. On n’est plus dans des probabilités évaluées en partie par millions, mais en pourcents. Facteur aggravant, le nombre de lancements n’est pas tel (quelques dizaines par an contre plusieurs milliers d’aéronefs et plusieurs millions d’heures de vol) que la loi des grands nombres ne s’applique pas, d’où une volatilité importante des résultats techniques. Malgré ces obstacles actuariels, l’industrie de l’assurance a su imaginer des contrats adaptés. Réciproquement, on ne conçoit plus d’investir dans l’industrie spatiale sans des couvertures assurancielles adéquates.

Les six articles de la rubrique développent tous les aspects techniques et économiques de ce nouveau marché de l’assurance.

Jean-Yves Le Gall analyse toutes les facettes de l’intrication du public et du privé qui est à la base de l’industrie spatiale, on pourrait dire dans son ADN. Philippe Cotelle, analyse cette industrie et ses assurances comme n’importe quelle entreprise avec ses risques et ses retours sur investissement. Bruno Bajard représente le point de vue des assureurs pour lesquels l’assurance est un partenaire plus qu’un service, tandis que Michal Zajac donne le point de vue des réassureurs, dont ce secteur à haute volatilité des résultats techniques ne peut se passer. Les deux dernières contributions sont celles des constructeurs de satellites et de lanceurs. Stéphane Israël et Michel de Rosen en collaboration avec Yohann Leroy, non seulement détaillent le point de vue des souscripteurs confrontés à la complexité de l’assurance, mais décrivent ce que sera l’évolution de leur métier et corrélativement celle de l’assurance, dès lors que le service « en orbite », c’est-à-dire la maintenance et le dépannage de satellites, sera opérationnel.