Un des rôles majeurs des assureurs est de contribuer à la bonne gestion des risques de la société par la constitution et la gestion de mutualités homogènes. Si on ajoute à cet objectif le cycle inversé de production propre à l’assurance, qui complexifie la fixation des prix, on comprend aisément pourquoi les assureurs et les réassureurs ont depuis longtemps cherché à accumuler le maximum de données sur les risques, les sinistres et le comportement de leurs clients.

Notre rubrique s’attache à décrire le phénomène du big data pour en comprendre les contours, les évolutions, et l’impact qu’il aura sur la science des risques.

Pour cela, les auteurs analysent le big data sous ses différentes facettes : un outil technologique recelant d’immenses possibilités d’analyse, de nouveaux marchés à conquérir, un catalyseur de transformations sociétales qui vont créer de nouvelles relations, de nouveaux conflits et de nouveaux risques. Ils soulignent également l’influence que le développement du big data pourra avoir sur la gestion des risques et de l’industrie de l’assurance, tout en mettant l’accent sur les dangers inhérents à cette nouvelle technologie et les limites à poser dans son utilisation.

Une évolution à la fois paradoxale et dangereuse pour l’industrie de l’assurance serait que la quête effrénée de données et la recherche de segmentations des risques ne finissent par saper un des fondements de l’assurance : la mutualisation.

Arnaud Chaput décrit le big data comme un phénomène technique et économique, mais aussi sociétal, en insistant sur l’importance de ce dernier aspect dans les évolutions futures.

Serge Abiteboul explique comment l’extraordinaire quantité de données à traiter induit le développement de nouveaux outils et de nouvelles méthodes pour les analyser. Sans pour autant rendre le monde déterministe, les applications de big datadans des domaines comme l’assurance ou la médecine n’en sont qu’à leurs balbutiements, et des progrès importants sont proches de nous.

Gontran Peubez présente comment les techniques du big data vont profondément transposer les techniques d’évaluation des risques, et par là même les métiers de l’assurance.

En illustrant son analyse par le développement des codes-barres dans les années 1990, Romain Durand montre comment le big data va modifier deux aspects très importants de l’assurance : la déclaration des clients et la souscription des affaires.

Laurent Alexandre analyse comment le big data a un rôle majeur dans les progrès de la recherche médicale – la lutte contre le cancer en particulier –, la compréhension du fonctionnement du cerveau et l’émergence d’une médecine personnalisée.

Enfin, François-Xavier Albouy clôt cette rubrique en posant cette question fondamentale : est-ce que l’émergence de la société du calcul va tuer le libre arbitre de chacun ? L’auteur en conclut que le big data représente un défi pour les assureurs, parce qu’ils sont confrontés à une combinaison de technologies nouvelles pour évaluer le risque et à des réseaux sociaux reliant des personnes ayant des caractéristiques communes face aux risques.

Le big data n’est pas qu’un « big buzz ».