Décidément, ce numéro de Risques est au cœur de l’actualité, et cela dans chacune des parties qui le composent. Aujourd’hui, le maître-mot de l’économie, tout particulièrement en Europe et encore plus en France, est celui de croissance. Nous avons un doute profond sur la capacité que nous aurons dans les années qui viennent à retrouver une trajectoire plus dynamique de notre économie. Certains s’en réjouissent en évoquant, dans la bonne vieille tradition malthusienne, la limitation des ressources et la non-croissance comme une perspective heureuse. D’autres considèrent que le ralentissement du progrès technique est déjà en cours et ne va que s’accentuer. Or, chacun sait que depuis deux siècles la croissance du monde développé s’est faite aux deux tiers par le progrès technique. Nous sommes au cœur de la discussion lorsque Philippe Kourilsky revient sur le principe de précaution et qu’au-delà de cette interview, il se pose la question, essentielle pour notre avenir, de l’acceptation ou non du progrès scientifique.

Ce souci de réfléchir à la croissance à venir est encore plus prégnant lorsque l’on traite de la protection sociale, élément central dans la réalité du fonctionnement d’une société comme la nôtre. Ceci a été étudié par de vrais penseurs de la société moderne tels que Gosta Esping-Andersen. C’est tout l’intérêt de l’article d’André Masson d’avoir repris cette démarche d’analyse des modèles sociaux contemporains et d’avoir proposé sa propre conception.

Le dossier sur la protection sociale couvre l’ensemble des sujets évoqués par les interventions publiques dans ce domaine, et débouche finalement sur trois conclusions essentielles dans les souhaits que chacun a aujourd’hui de la voir évoluer. La protection sociale est un élément-clé dans l’accélération de la croissance économique, d’où l’absolue nécessité d’en modifier l’équilibre aujourd’hui dans notre pays. Elle ne peut être abordée que globalement, c’est-à-dire en traitant simultanément les modifications portant sur la retraite, la santé, les formations professionnelles, les allocations chômage, etc.

Enfin, le vieillissement de la société, c’est-à-dire la question des relations intergénérationnelles, est un angle d’attaque majeur pour modifier l’équilibre existant en appliquant aux différentes générations les modifications des flux de financements publics qui permettent d’optimiser la croissance.

Alors demeure le marché de l’emploi. Nous avons décidé de consacrer la partie Analyse et débats à la description des formations destinées à l’assurance et des évolutions jugées nécessaires pour s’adapter le mieux possible aux spécificités de ce marché du travail.

Ainsi, ce numéro de Risques tente de proposer des solutions aux risques premiers que connaît la société française, et notamment celui de l’atonie économique et des tensions sociales qui pourraient en découler. Souhaitons que cet apport puisse être utilisé à profit.