En Europe, les tempêtes sont, avec les inondations, les deux risques d’origine naturelle les plus importants, tant en fréquence qu’en sévérité. Parfois ils se cumulent (cas des submersions des côtes), engendrant des dommages catastrophiques, comme en 2010 en Vendée (Xynthia) ou en 1953 aux Pays-Bas. Mais ces deux risques diffèrent quant à leur développement, leur prévention et leur couverture. S’il est possible de limiter les inondations, ou au moins leurs conséquences, par des travaux de prévention (digues, barrages, bassins de rétention, normes de construction, etc.) ou tout simplement par une étude préalable visant à éviter les zones inondables, il est en revanche beaucoup plus difficile de se protéger contre le vent. Tout d’abord, une tempête n’est pas toujours locale, contrairement aux inondations qu’il est facile de situer sur une carte (vallées, proximité des cours d’eau, massifs montagneux…) ; ensuite, une tempête peut s’étendre sur une surface gigantesque, comme l’ont montré celles de décembre 1999 (Lothar et Martin) qui ont balayé une grande partie de l’Europe d’ouest en est, causant des dommages considérables aux forêts et aux bâtiments exposés en France, en Suisse, en Allemagne et dans d’autres pays encore. Or, s’il est parfois concevable d’imposer des normes de construction susceptibles de résister aux tempêtes extrêmes, comme pour la Tour Eiffel par exemple, construite pour résister aux pires vents (en 1999, l’anémomètre en haut de la Tour est resté bloqué à plus de 216 km/h), il est difficilement concevable d’imposer de pareilles normes aux constructions « ordinaires » et évidemment impossible de protéger une forêt. Enfin, la couverture du risque tempêtes, bien que de même nature que le risque inondations, n’est pas traitée de façon identique par les assureurs des différents pays européens. En France, par exemple, ces deux risques relèvent de deux régimes d’indemnisation différents : l’assurance privée pour les tempêtes, la couverture cat. nat. pour les inondations et autres catastrophes naturelles. Or, toute l’Europe est confrontée à la montée des périls. Les dommages sont de plus en plus importants, non pas en raison de la vitesse ou de la fréquence des tempêtes, mais surtout en raison d’une exposition croissante (concentration des populations, lignes à haute tension, augmentation des surfaces des forêts, etc.). Les neuf articles suivants analysent tous les aspects du risque tempêtes, ce qui permet d’esquisser un projet européen de couverture qui verra peut-être le jour, qui sait ?

François Bucchini décrit les spécificités européennes des tempêtes, principalement hivernales, contrairement aux cyclones tropicaux issus des mers chaudes. Emmanuel Garnier dresse un tableau historique de « longue durée » montrant que tant la fréquence que la gravité des tempêtes ont fluctué au cours des siècles passés, sans montrer de tendances significatives. Patrick Thourot rappelle qu’après chaque tempête catastrophique, surtout si elle est couplée à des inondations, une nouvelle tempête agite l’opinion publique : sa médiatisation. Stéphane Hallegatte développe les conséquences de l’aléa de moralité des populations et de leur gouvernement, qui augmente d’autant plus l’exposition aux risques que les populations sont ou se croient plus protégées. Michel Luzi analyse tous les aspects statistiques de la mesure des fréquences et des sévérités des tempêtes. Luc Mayaux propose un scénario juridique improbable, mais utile, celui de l’éventuelle indemnisation forfaitaire des dommages dus aux tempêtes.

Kadidja Sinz pose le problème de l’optimum économique dans l’assurance du risque tempêtes. Patrick Bidan décrit toutes les subtilités « franco-françaises » dues à la dualité des régimes d’assurance, selon qu’ils relèvent ou non du régime catastrophes naturelles. Stéphane Pallez, enfin, esquisse ce qui pourrait être un régime européen d’assurance de ce risque.