Le thème des relations entre démographie et croissance est depuis toujours au centre de la réflexion économique.
C’est Fernand Braudel qui l’exprime le mieux : « À court terme comme à long terme, à l’étage des réalités locales comme à l’immense échelle des réalités mondiales, tout est lié au nombre, aux oscillations de la masse des hommes1. »

Chacun a en tête le débat qui opposa avec vigueur Malthus aux autres Classiques sur la nécessité de ralentir la croissance démographique, tout simplement car la Terre n’aurait pas de quoi nourrir une population surabondante. Malthus ne pouvait imaginer que la population mondiale allait être multipliée par dix entre 1700 et 2000, sans pour autant que les famines qui avaient sévi au début du XVIIIe siècle réapparaissent avec une telle violence aujourd’hui. Au fond, le cœur du sujet est son aveuglement quant au rôle du progrès technique.

Mais si aujourd’hui Malthus a disparu, le débat, lui, réapparaît régulièrement sous la forme d’une confrontation entre visions écologiste et productiviste. Nous sommes dans une phase de transition démographique : cette question a ainsi quitté le domaine du pur quantitatif pour s’étendre à celui, plus général, du vieillissement de la population. En termes simples, la forte réduction de la mortalité infantile, la baisse du taux de fécondité et l’allongement de la durée de vie ont conduit à cette situation fondamentalement nouvelle qui bouleverse les équilibres de l’économie mondiale.

C’est cela que nous avons souhaité développer dans ce dossier, qui s’appuie largement sur un séminaire exceptionnel de la chaire Transitions démographiques, transitions économiques de l’Université Paris Dauphine qui a eu lieu le 23 novembre 2011.

Tout est aujourd’hui incertain dans cette relation si complexe entre le vieillissement et la croissance économique. Intuitivement, nous avons le sentiment qu’il s’agit là d’une corrélation négative car tout paraît plaider en ce sens. Le ralentissement de l’innovation et la faiblesse des gains de productivité sont associés à la part grandissante des personnes âgées dans la population française. Et pourtant, et c’est ce que font ressortir les multiples contributions, nous ne devons pas nous focaliser sur cette sorte de malédiction, mais nous attacher à d’autres moyens d’améliorer la productivité. En effet des travaux économiques récents mettent en lumière une corrélation positive entre une société en bonne santé et bien formée et la productivité.

L’âge de départ à la retraite reste aussi, sans nul doute, une variable-clé dans l’équilibre des différents marchés. On constate d’ailleurs à ce propos que les pays dont le taux d’emploi des jeunes est élevé sont ceux également où le taux d’emploi des seniors est important.

En un mot, c’est à un mode de changement complet des marchés – marché de l’épargne, du travail, des biens et services individuels, des biens et services collectifs – que l’on assiste. Aujourd’hui, des politiques d’insertion de la jeunesse, de renforcement des formations initiales et professionnelles sont mises en œuvre. Les gérontechnologies se développent également de façon importante. Toutes ces initiatives peuvent in fine conduire à des niveaux de croissance tout à fait satisfaisants.

En tout état de cause, les différents intervenants ont souligné la multiplicité des points de vue et l’incertitude dans laquelle nous sommes encore plongés.

Note

  1. Braudel F., Civilisation matérielle. Économie et capitalisme XVe-XVIIIe siècles, Armand Colin, 1979.