L’assurance automobile doit aujourd’hui prendre des virages importants. C’est le produit le plus emblématique de l’assurance de masse. Il est à l’origine de la croissance et de la puissance de bon nombre d’entreprises d’assurances, il est la clef de la survie et du développement des réseaux d’argents. Il est aussi à l’origine de conflits incessants entre les assurés et l’assureur. Il est vrai que son caractère obligatoire n’est pas toujours bien compris et que, dans l’esprit du plus grand nombre, les assureurs en profitent largement pour « faire des marges ». Faux, rétorquent ces derniers, qui répliquent que l’assurance automobile n’a pas suivi l’inflation et cherche à s’adapter au plus juste à un monde où les sinistres sont moins nombreux mais plus graves pour les personnes, les véhicules sont plus sûrs mais plus coûteux aussi, et les produits financiers sur les provisions qui permettent de réduire les coûts de distribution ne sont plus là. Par ailleurs, les efforts de prévention et de sécurité ont baissé la prime pure et rendent plus importants relativement les frais de gestion et de distribution, ce qui milite en faveur d’une forte concentration du secteur et une course à la taille des portefeuilles.

Faut-il, à l’occasion de la révolution technologique des moteurs hybrides et électriques, réinventer l’assurance automobile ?

Oui, selon Marc Guillaume qui, en observateur attentif des usages de l’automobile, explique que les liens de possession entre le conducteur et son « auto » sont en train de disparaître et que les usages de demain privilégieront des véhicules à deux ou trois roues ainsi que le recours à des véhicules de location ou des taxis. Les conséquences pour les assureurs sont importantes. Comment les apprécier ? Peut-être en relisant le passé : Pierre Martin retrace la lente histoire qui a fait de l’automobile un risque et décrit comment les assureurs et les pouvoirs publics se sont organisés pour couvrir ce risque. Jean Péchinot s’intéresse, quant à lui, à la représentation que les conducteurs se font de l’automobile : hier propriétaires passionnés et affectifs, ils sont aujourd’hui plus neutres et les conséquences pour les assureurs sont nombreuses.

Pour Emmanuel Soulias, le concept novateur de « mobilité durable » est celui qui devrait influencer les assureurs dans la conception de nouveaux produits et de nouvelles garanties.

Arnaud Chneiweiss, Odile Thoumas et Peggy Sejourné relèvent que l’assurance automobile est aussi un support de services et que l’offre de services à la personne peut constituer un axe de différenciation très important. Ce qui permet de faire de l’assureur un prestataire venant compléter les prises en charge financières en cas d’accidents graves, et donc de lui conférer un rôle dans l’approche humaine et psychologique des accidentés.

Arthur Charpentier revient sur les très nombreux avantages économiques des systèmes de bonus-malus qui permettent de réduire l’antisélection et l’aléa moral, et analyse l’évolution de ces constructions actuarielles comme outil de marketing. Si l’avenir classique de l’industrie automobile se trouve dans les pays émergents, il était tentant de s’interroger sur la place que pouvait y prendre l’assurance automobile. Jean-Pierre Daniel revient sur les évolutions récentes dans certains de ces pays et les débats nombreux sur l’obligation d’assurance qui tend à se généraliser.